« On devrai donc encore rester au minimum deux semaines dans cette region de l’Australie, le temps d’en finir avec cette interminable moisson... »
Mais que s’est-il passe depuis nos dernieres aventures de windrowing ? Et en quoi cette moisson est-elle interminable ?
J’emprunterai a l’ami Ricus ici present (bon, present en Australie, je sais ca reste vague dans un pays 14fois plus grand que la France.. d’ailleurs, voici son blog : http://ricouscousinoz.blogspot.com/) une expression qui lui tient a coeur : « Je te vois deja plein de questions cher lecteur/lectrice, ne sachant plus comment rester en place sur ta chaise tant le suspens reste intense ! » Voici les reponses...
La premiere semaine de decembre nous a fait profiter de pluies interminables et diluviennes, ce qui nous a permis de verifier la tres bonne etancheite de la maison. Puisqu’a part quelques bricoles entre deux averses, nous n’avons quasiment rien foutu. Le chef non plus d’ailleurs. Les routes bloquees par les innondations, les champs egalement. La suite de la saison risque d’etre sportive.
Mais je n’ai pas parle de notre premiere semaine de moisson qui s’est deroulee fin novembre dans les champs de la ferme avant cette pause tacite...
A peine avoir dit adieu a la MacDon, me voila deja au volant d’une nouvelle inconnue, mais qui n’aura plus beaucoup de secret par la suite : Case IH Axial-Flow 7120, coupe quasi-identique a celle de la McDon puisque c’est ce dernier qui les repeint pour Case. J’attaque dans ce qui reste de ble, environ2-300hect. Kevin a de son cote un ultime chantier a terminer du cote de Peak Hill en windrowing . Le patron est sur le road-train, un des Irish sur le Chaser-bin avec le John Deere 8520. Les premiers jours se deroulent sans trop de probleme, bon disons le 1er jour. Lors du 2e, j’attaque une nouvelle parcelle, fait les tours, met en place le guidage GPS, et c’est le drame...
Dans ce coin du New South Wales, les arbres au milieu des champs sont legions, et plus nombreux que dans notre campagne francaise, a proportion. Tres facile de les contourner lorsqu’ils ont encore leur branches et un tronc qui depasse la culture... Ce qui n’est pas le cas de ce qui me stoppe net lorsque je veux m’attaquer a une nouvelle longueur ! Banc de scie completement fausse, rabatteur HS, je ne fais pas dans la demi-mesure. J’appelle le patron qui s’etonne que je n’ai pu voir les coups de semoir contourner l’obstacle, mais partage tout de meme la faute.
C’est donc ce qui met un terme definitif au windrowing puisque nous adaptons la coupe de la McDon sur la moissonneuse afin de continuer. Ce qui aura finalement son avantage en conditions speciales...
La saison de windrowing etant finie, le patron n’a plus beaucoup de travail a proposer pour la main d’oeuvre disponible et c’est sans savoir ce qui s’est reellement passe que les Irishs s’en retournent a la civilisation du cote de Sydney.
Kevin prend donc la releve sur le Chaser-Bin et le tracteur, nous voila chacun dans nos specialites respectives ! Du moins, le temps que je prenne la batteuse en main sous les conseils du chef, nous adoptons par la suite un rythme d’alternance journaliere afin d ‘eviter la lassitude et finalement de se comprendre parfaitement lors d’un chantier.
Nous n’arrivons malheurseument pas a tout battre de ce qui reste d’orge, c’est a dire une 20aine d’hectare, une paille j’ose dire...
La pluie s’invite debut decembre pour tester notre patience. Le stock de film sur les disques durs est bien utile, le chef nous refile meme son ancienne tele et la Playstation. Ce qui me fait acheter un certain jeu connu sous le nom de Gran Turismo, pour ceux qui connaissent mon addiction...
Des bricoles a l’atelier entre deux averses, des courses et des balades avec Warwick.
Une soiree a Parkes, ville la plus proche de la ferme (excepte Peak Hill) a 50 bornes environ par gravel-roads. Matt, un jeune gazier travaillant pour un concessionnaire agricole et ami de du chef fete ses 21ans, on pourrai interprete ca comme des 18 ou des 20ans de chez nous. Debut dans un pub avec BBQ, bonnes bieres, la suite dans un bar de nuit a 50m de la, qui mettra un terme a la consommation de cocktails de Kylie (femme du patron, ndlr..). Mais ce n’est pas fini pour nous puisque nous nous rendons dans une baraque quelque part en ville pour voir le jour se lever...
La semaine suivante nous fait remonter dans les machines car il y a 400hect de Chick Pea (du pois chiche ! Eh oui, que mettrai-tu dans ta semoule de couscous ?) a recolter. Les heures commencent a gonfler, a mesure que les rendements diminuent vu l’etat pitoyable des champs, en matiere de mauvaises herbes. Nous avons droit a une nouvelle experience, grace aux hecto-litres d’eau tombes il y a encore une semaine. S’enliser avec une moissonneuse, rien d’exceptionnelle, on connait ca lors de la recolte du mais (pas de « i » trema sur mon clavier..).. Cependant, etant bientot en ete, on est en droit de se poser quelques questions... Pas de probleme, un cable, des manilles et le tracteur nous sort de la, et puis tant que ca n’arrive qu’une ou deux fois...
Que neuni !
Apres avoir termine toutes les cultures autour de la ferme, il est temps de partir en contracting ! Et le premier chantier est bien humide. Heureusement, Pat et Mick, farmers de cette propriete ont prevu un Case Steiger, gros tracteur articule de presque 400cv afin d’etre a l’affu de la moindre machine rouge couchee sur son chassis. Car nous ne sommes pas les seuls a ratisser les belles parcelles de ble. Tom, un trappu a la barbe rousse arrive avec une machine identique a la notre, et Dick, tondeur de moutons de metier, tres sec, le chapeau recousu, le jean toujours trop large pour les jambes, meme sans doute en taille 25 si elle existe, debarque avec une Case 2588 et une coupe un poil plus petite (seulement 10m50..).
Trois machines a chaque fois dans le meme champs pour eviter de faire courrir les deux chaser-bins deja assez occupes, ca vous ratisse une centaine d’hectare en un claquement de doigt ! Mais les zones a faible portance ralentissent un peu ce rythme effrene. Seulement un peu car Pat est constament sur le tracteur a tirer une des trois machines. Environ 5 road-trains sont recrutes pour emmener le grain a la « Coop » locale, ce qui n’est pas de trop puisque combinees, les moissoneuses debitent environ 90-100 tonnes/heures...
Apres ce chantier tres bien organise, nous nous rendons plus au sud afin de rejoindre la ferme de la soeur de Kylie et de son mari. Ici aussi, la creation de tranchees par les roues avant de la Case est monnaie courante jusqu’a cet ultime enlisement ou ils nous faut 4-5heures pour sortir la machine rouge devenue marron. C’est dommage, les roues avant commencaient a faire betonneuse avec l’eau presente en-dessous !
Mais ce n’est pas a cette vitesse que le chef pourra rembourser l ‘Axial Flow et decide donc de continuer toujours plus au sud, a environ 250bornes de Peak Hill, non loin de Young (je vous laisse regarder sur Google Earth...) capitale de la cerise ou Ricus y a passe quelques temps auparavant.
Et nous allons finalement s’y sedentariser car il n’y a pas grand chose de fait...
Nous ne travaillons plus pour des farmers, mais pour un groupe cerealier (je dirai meme une « boite cerealiere » pour faire plaisir a certains...) connu sous le nom de Glencore. Il s’agit d’une multinationale proprietaire de terres un peu partout dans le monde ou l’on peut faire pousser du ble. Nos interlocuteurs et managers des terres sur lequelles nous travaillons sont Bernie et Sue. Lui, grand gaillard d’environ 2m et des poussieres avec des paluches vous imposant le respect, mais gentil comme un gros nounours. Elle, gaillarde d’environ 1m70 sur 1m (au moins...), eteignant ses cigarettes dans la main contenant la salive crachee plus tot pour eviter un incendie (apparament, y connaissent po le cendrier de poche...), ca c’est la classe ! Mais tres sympas, contents d’avoir des francais dans leur equipe, peut-etre un peu moins lorsqu’ils entendent nos interminables conversations dans la CB...
Les annees precedentes, ils ne faisaient appel qu’a des contracteurs comme Warwick pour battre environ 6300hect de ble et de colza. Mais cette annee, les intemperies ont change la donne et la plupart des machines sont encore bloquees au nord dans le Queensland. Sue et son mari ont donc du acheter deux moissonneuses dans l’empressement : John Deere STS 9760 et 9860 d’occasions.
Nous voici donc en leur compagnie depuis le lendemain de Noel... Ah oui ! Noel ! Assez etrange comme Noel cette annee !
Le reveillon s’est deroule a Parkes, au Pub avec le chef et Matt cite plus haut, apres notre journee tres rentable a sortir la Case pendant 5heures. Toujours crassous, ce n’etait pas encore le bon moment pour flirter avec la gente feminine, m’enfin je ne m’eterniserai pas sur ce sujet, tres subjectif...
Samedi 25 decembre, nous voici chez la tante du chef pour une journee en compagnie d’une partie de sa famille, en prenant le repas dehors sous les tonnelles, et agremente de batailles d’eau ou tout le monde est equipe de pistolets a eau, tous plus gros les uns que les autres et particulierement celui de Bob, le pere de Warwick... On comprend maintenant l’origine du caractere du chef a sans cesse chercher l’ultime connerie... Une piscine est egalement a disposition pour les enfants, ce qui nous decide, Kevin et moi-meme a donner un bain gratuit a notre chef en cette chaude journee de decembre... Bien bu, bien mange, bien vecu comme dirai quelqu’un, nous voila de retour le soir a Peak Hill en ne sachant pas trop le plan pour le lendemain etant donne la pluie tombee la ou est la machine.
Le plan est finalement tres simple : nous retournons chez la soeur de Kylie, ou est la machine, pour un deuxieme repas de Noel ! En compagnie de la troisieme soeur et de son mari, des parents des 3frangines et de tous les enfants (vraiment nombreux..), le repas se deroule a l’interieur et ressemble plus a ceux experimentes en France. Apres-midi sirotage de bieres, de vin, a plaisanter avec un peu tout le monde, a jouer a la Xbox et son capteur de mouvement qui rend les manettes de jeu obsoletes, pendant que les petits entament une nouvelle partie de bataille d’eau avec comme leader dans les vices aquatiques commis sur les parents, Mack le 2e de Warwick et Kylie. Celui-la a tout d’un petit diable et n’est pas en manque d’immagination... Nous dormons le soir sur place apres avoir mater une merde cinematographique entrecoupee d’une dizaine de pubs (au bas mot) : Triple X.
C’est donc apres ce tres bon week-end que nous partons 120km plus au sud rejoindre l’equipe de Sue, toujours dans le meme ordre a 25-30 a l’heure de moyenne : Kevin sur le tracteur et le transbordeur, le chef sur sa machine et moi devant dans le Land-Cruiser pour convoyer le tout.
Les differents chantiers se deroulent par fermes (meme s’il n’y a plus de farmer a proprement parler) et la premiere est vraiment euh... catastrophique ? En effet, l’hiver tres humide rendait l’acces au pulverisateur impossible, les rendements sont donc au plus bas, a l’instar des mauvaises herbes, on pourrai meme parler de prairie dorenavant. Mais cela nous permet de deja constater quelques differences entre une machine rouge et une verte, tres grand debat international et inter-generationnel pour les connaisseurs... Alors !? C’est laquelle la meilleur ? Ben ya pas a chier, c’est la Case ! Eh oui ! La coupe est au top niveau malgre les hectares deja enquilles par le windrowing, quand la coupe verte bourre. Et lorsque les rotors des machines bourrent lorsque l’humidite rend les mauvaises herbes encore plus corriaces, la boite de vitesse a variation continue de la Case fait la difference. Alors qu’il faut tout simplement arreter le chantier avec une John Deere pour prendre le temps de debourrer a la main... Sans parler de la cabine tres ergonomique et comfortable, des facilites d’entretien, d’acces, de logique de conception, messieurs de la biquette, vous avez du pain sur la planche ! Et ce n’est pas un retournement de veste de la part de l’ecrivain de ces lignes, seulement une constatation...
Seul inconvenient notable : la tremie et son systeme de vidange, un peu sous-dimensionne par rapport aux capacites de la machine.
Pour redonner un peu de baume aux coeurs (vert), le tracteur vert reste toujours le meilleur (du moins celui que l’on utilise), et sans appel, compare aux rouges d’une gamme comparable... Ca va comme ca ? Tout le monde est satisfait ?
Comme l’a dit Kevin, le 31 decembre restera dans nos memoires pour un bon bout de temps.
Le chantier mi-ble/mi-herbe se termine en fin d’apres-midi (pendant que les 2 John Deere sont en panne... hem hem.. seulement les coupes en fait...), et nous voila pret a partir vers la prochaine ferme a une bonne 30aine de km de la. Le convoi compose d’une des 2 vertes, de la Case, du tracteur/chaser-bin, du tracteur/mother-bin (tres-tres grosse remorque d’une capacite de 100tonnes pour faire tampon entre les road-trains) roule a allure pepere sous un soleil couchant magnifique, situation irreelle pour nous deux. Sue souhaite commencer le chantier des cette nuit mais il y a des risques de s’enliser et le champs d’environ 3-400hect. pourrai nous paumer. Shaun, chauffeur du camion de Warwick quand celui-ci est a faire autre chose, nous emmene en ute vers le pub du coin pour y chercher a manger, et la c’est le drame...
Nous retrouvons nos recents collegues de travail en train de siroter quelques bieres pour le reveillon. L’un d’entre eux s’appelle Joanna, demoiselle de 18-19ans conduisant une des deux moissonneuse. Elle nous propose direct des shooters de Tequila, pourquoi pas ! Le pere Shaun repart de son cote avec un autre ute et nous laisse donc le Land-Cruiser. Quelques bieres et shooters plus tard, nous voici pret a repartir d’un pub situe dans un bled vraiment paume pour une rejoindre la maison encore plus paumee dans la campagne accessible par gravel-roads bien evidemment, sportif le retour !
Les jours sur la nouvelle ferme se suivent... Oups ! Bonne annee a tout le monde ! Bonne sante, en esperant que vous avez bien festoye lors de votre reveillon !
Ca c’est fait...
Les jours se suivent donc sur cette nouvelle ferme, avec des machines vertes souvent en panne, mais la rouge aussi ! Un peu de diagnostique un 1er janvier, ca entretien la forme et permet de decuver, surtout a 35degres a l’ombre... Nous avons eu droit la veille a un pic a environ 42degres, mieux vaut etre dans les cabines climatisees...
Nouvelle idee du chef pour la machine, jumeler les roues avant, deja equipee de boudins de 90cm de large. Avec deux pneus en 710, plus les entretoises entres les roues, c’est une machine de 5m80 de large que nous conduisons dorenavant... Impressionnant...
Mais ca ne dure que trois jours puisque le jumelage droit se fait la malle pendant que Kevin est a recolter du colza, windrowe au moins un mois plus tot. On laisse tout de meme la roue gauche en place, car la pluie sera de retour dans quelques jours, il faudra donc remonter la droite.
Le ramassage du colza s’effectue a l’aide d’un pick-up a tapis et d’une vis normale pour alimenter le convoyeur. Etant donne le retard pris dans cette moisson, les rendements ne sont la non plus pas au rendez-vous : sur environ 1000hect, la moyenne tourne autour de 1,2tonne/hect... La moyenne d’avancement par contre est autour de 8hect/heure... Ca deblaye !
Un autre gazier nous a rejoint avec une Case 7088. Un connard, ou fuckwitt, fuckin’ idiot, bloody bastard, fuckin’ cant, arrogant, c’est comme vous voulez !
Mossieur se croit un peu au-dessus de tout le monde meme s’il n’est que chauffeur comme nous tous... Le premier soir de son arrivee, il degage les affaires du lit de Kevin et s’y installe a sa place, car il s’agissait deja de son lit 4 semaines plus tot, ah... bah oui normal quoi... Le lendemain, il se permet de traiter Shaun qui s’occupe de la bouffe de « Kitchen bitch », je vous laisse traduire... Alors qu’ils ne se connaissent que depuis quelques heures, quelle confiance humoristique... Dans le champs, mossieur ne prend que les belles longueurs... Alors qu’il n’avance pas un cachou (merci Jo pour cette expression). Mais le pere Shaun ne se laisse pas marcher dessus et lui a reserve une belle surprise... que nous vous raconterons avec plaisir !
Quoiqu’il en soit, cela ne nous empeche pas de nous marrer entre nous, avec Shaun qui cause sans arret, Warwick qui nous a rejoint pour faire du night-shift (comprenez faire un relais de nuit), ainsi que Kylie quelques jours. Le morale et l’ambiance sont au top, les heures prennent une dimension de fou egalement : le minimum tourne autour de 15h, quand certaines journees depassent les 19h... de travail. Kevin n’en peut plus et nous echangeons nos places pour le laisser faire une meurienne dans le tracteur...
Mais la pluie fait son retour (encore...), et nous passons chez Sue et Bernie siffler quelques bieres et faire des lois avec pleins de gaziers, dont le boss de Glencore, avant de nous en retourner sur Peak Hill pour quelques jours.
Voila donc le moment de placer mon introduction :
On devrai donc encore rester au minimum deux semaines dans cette region de l’Australie, le temps d’en finir avec cette interminable moisson...
Mais notre prochaine destination est deja connue puisque j’ai du faire un choix dans l’achat de mon billet de retour (deja ? non, pas deja... je dirai « enfin ! »). Ce sera donc Perth, pour une duree encore inconnue mais pour un sejour qui se terminera debut mars, en compagnie de celui avec qui j’avais commence mon long periple il y a un peu plus d’un an : Dof, ou Anthony comme vous le voulez.
D’ici la, portez-vous bien comme des lapins (la seule rime disponible sur le moment..), et bon courage dans votre hiver !
A tantot !
Kevin, Ludo.