lundi 24 mai 2010

Plainview Farm Part 2




Au fil des jours (et des nuits finalement..), le rythme s'installe:


Debout vers 22h30, direction le taf une heure plus tard. La super efficacite des phares des utes fait qu'on n'y voit pas plus loin que 30metres sur des gravel-road. Le froid commence a se faire ressentir egalement, surtout vers 4h du mat'.

On sort le bonnet, double pull-over, super-chaussettes, et on espere qu'il n'y aura pas trop de couilles sur le materiel pour retourner vite fait au chaud. Un bon point tout de meme dans ce monde de fou: la lune. J'ai pu observer sa transformation et son parcours toute les nuits... Toutes les nuits j'ai pu contempler un ciel superbe rempli d'etoiles differentes de celles observees depuis l'hemisphere nord. Quand on voit ca, on ne ressent plus le froid....


Vers 5h30, le decoupement des arbres au loin (il y en a quelques uns..) apparaît par les premieres lueurs du jour. La lune roussit a mesure que le soleil entre sur scene. Les quelques nuages se presentent egalement au dieu de lumiere et paradent sans aucune synchronisation de forme ni de couleur... Impressionnant, grandiose car ici, c'est plat a des centaines de kilometres a la ronde... Et puis le disque rouge prend place, ecrasant sur son passage les dernieres moments de la lune, ainsi que les derniers degres retissants a passer au-dessus de 15°C..

Parce qu'une fois le soleil present, on inverse vite fait la clim' dans la cabine au profit de l'air frais! Non pas qu'il fasse chaud a l'exterieur, mais les rayons sont relativement agressifs sur les carreaux...

C'est aussi le moment ou les yeux luttent moins et la fatigue s'evapore, car les phares, c'est bien, mais le jour, c'est plus reposant d'une certaine maniere.

On sait aussi qu'on en n'a plus pour longtemps avant que l'autre equipe prenne la releve, quand elle est a l'heure. Et quand le patron ne nous demande pas un service supplementaire au 12h passees. On se retrouve bien souvent, avec Trev' et Nathan a remplir les semis de semences pour les heures suivantes, ou a faire de la maintenance jusque 16h...


Viens ensuite Beer o'clock, instauree par Trev' dont je suis beer partner grace a notre commun shift-time.. Nous voilà a payer une biere a l'autre a tour de rôle, quand ce n'est pas 2 ou 3. Apres cela, il est temps de cuisiner pour la journee suivante, de se doucher, et enfin de se coucher...

En moyenne, 5-6heures de sommeil pour recuperer des 15-16h de boulot.. Ambiance!

J'ai pourtant fais quelques nuits de 7h, mais c'etait finalement de trop! J'avais plus la « gueule dans le c(bip)ul » qu'avec des petites nuits!


Le principale probleme quand on travaille de nuit, c'est le froid et l'humidite, que ce soit pour nous, ou pour le boulot. Car les champs ont beau recevoir des hecto-litres de desherbants toute l'annee, ca n'empeche pas quelques unes d'entres elles de resister et de nous empecher d'avancer!

Pour exemple, je me retrouve une nuit avec Trev' dans une partie d'une parcelle a prendre la releve de l'autre equipe. Kenny, l'autre chauffeur de mon equipement me dit que tout est ok, tant le materiel que le champ. A part quelques broussailles, tout devrait bien se passer.. Mmokay!

J'attaque, mais un probleme de boite de vitesse sur ma tremie me fait stopper aussitôt, il est environ 1h. Le patron debarque pour regarder mon souci, tres aimable comme a son habitude. Probleme resolu, je repars a l'assaut pour m'arreter une seconde fois, toujours la meme emmerde. Ce qui laisse le temps au froid de faire son travail.. Je recommence vers 3h30-4h et ce n'est plus du tout le meme chantier...

50m, je m'arrete, degage les weeds (mauvaises herbes, mais aussi tres bonnes herbes dans un certain contexte..) ainsi que les vieux pieds de mais (pas de i tremat sur mon clavier...) pris avec pour faire des tas a bruler, repars 20min plus tard, 50m rebelotte.... En plus de 6h de taf, je n'ai reussi a faire qu'un peu plus de 4 rangs (d'1,5km ok, mais quand meme!)!

Trev' est dans la meme situation. On a beau se « plaindre » dans la CB, personne ne viendra nous suggerer d'attendre que ca se rechauffe pour faciliter la « glisse » du semoir au travers de la jungle... Ce n'est que vers 11h (1h avant l'arrivee de l'autre equipe) qu'un autre tracteur tracteur se ramene avec une espece de grand rateau pour nettoyer devant nous... Deprimant!

Un sentiment que j'avais eu des la 1ere semaine lorsque j'etais seul a bord, viendra se confirmer les semaines suivantes: qu'est-ce qu'on se fait chier dans ce boulot quand tout va bien! On a le cul pose dans un fauteuil, on attend en moyenne que les 2,5km se passent, on leve l'equipement, on tourne le volant, repose l'equipement, appui sur le bouton gps pour l'automatisme de direction, et c'est reparti pour 2,5km...

Ah! De temps en temps, un arbre a contourner, quand ce n'est pas un petit bois. On est vite perturbe finalement puisque 24m de large, c'est pas evident a gerer au debut, et pour retrouver la bonne ligne droite sur le gps, quand on ne connait pas la configuration du terrain... Mais ca m'amuse plus que de ne rien faire! Au contraire de la plupart de mes collegues, etrangement... Ils sont d'accord avec moi pour dire que c'est relou comme taf, mais n'apprecient pas plus de faire quelques virages...

Regulierement, on change de variete de semence: ble, chick pea (ne sait pas trop ce que c'est, mais y paraît que ca paie bien). On doit du coup nettoyer les semoirs et tremies de fond en comble au compresseur, meme s'il fait nuit et bien froid!


De temps en temps, et pour ne pas perdre la main, je me vois incendier de conneries par le patron. Exemple: en faisant la maintenance sur mon attelage, je m'apercois d'un niveau d'huile (de pont arriere, different de la boite ainsi que de l'hydraulique, pour ceux que ca interesse bien sur...) relativement bas. J'en rajoute mais le niveau n'est toujours pas bon. Je fais part de mon doute au patron, et il me demande comme a un debutant: « Vois-tu de l'huile sur le niveau? -Ben non, et c'est pour ca que je vous sollicite. Ca fait deja plus de 12L que je mets, il y a peut-etre une fuite quelque part, isn't it? - Funckin french! Are you a mechanic? My sons could drive better than you!! Si tu ne vois pas d'huile, rajoutes-en!!! (qu'il me dit) -Dis donc! Moi je veux bien en rajouter, mais ne me dites pas quelque chose s'il y a un probleme par la suite! » Cale, je ne calerai pas! Il me traite de mecanicien a 2ronds alors que je l'avertis d'un eventuel probleme... Tu peux toujours courir pour les prochains soucis, trou du cul!

Le lendemain, le voilà tout mielleu quand je fais part a Andrew (l'un des techniciens de la ferme) d'un autre souci sur ma tremie, mefiance... Les lunatiques, deja eu a faire...


La « route » pour aller au boulot est une bonne partie de plaisir avec mon collegue Trevor. Il voit tres mal dans la nuit, et n'a aucun repere. Je me vois donc conduire les terribles Land-cruiser dans la poussiere de l'autre qui nous precede et nous sert tant bien que mal de guide avec ses lumieres rouges au loin..


Un soir, 1/2h de route nous separe du shed au chantier. Nouvel itineraire pris par le pere Trev'. Apres une dizaine de kms, la batterie commence a tourner de l'oeil... les phares n'en ont plus pour longtemps a nous aider.... Les derniers kms se feront a la Mag-Lite tendue a bout de bras en dehors du vehicule par un froid de canard (ou d'emeu) en avancant a un bon 50km/h avec un pare-brise nettoye un mois plus tot...

Trevor: - Can you see something?

Ludo: -Not really...

Trevor: Why do you keep going!?

Ludo: I don't know. I see the edge of the road but I can't tell you if there's another road wich cross ours...

Ambiance!

Ou bien une autre fois, lorsque nous avions a emmener un fuel-tank sur le chantier, de nuit toujours, avec un ute sans frein... 6tonnes a l'arriere, ca rappelle « Le convoi de la peur » ou un truc dans le genre... Merci les doubles-debrayages appris sur un certain tracteur rouge quelques annees auparavant pour negocier les ralentissements... (Re) Ambiance!


La fin de la saison fatigue tout le monde, les personnes comme les machines, il faut donc redoubler de vigilance quant au problemes mecaniques.

Kenny, mon co-equipier de tracteur, ne sera cependant pas tout a fait le collegue ideal pour les remontees d'informations au moment des time-shifts...

Chaque soir de la derniere semaine: « All is ok, no problem! Everything is good! ». Mais bien sur, toi tu vas au plumard.. Je me permet tout de meme un petit tour avant de me lancer et apercois de temps en temps quelques boulons de dents de desserres, des diffuseurs out-of-pipe, un arbre de tremie prêt a se faire la malle, un verin qui fuit, etc.. Generalement, je commence reelement a conduire vers 1h30-2h du mat'.. Super!

Quand ce n'est pas des « petits » soucis de ce genre, c'est la puissance du tracteur qui fait defaut. Apres des nouveaux filtres a fuel, c'est deja mieux! Et mon Kenny: « C'est vrai que je trouvais qu'il avait un peu de mal ces derniers temps... » Mais tout allait bien (Mme La Marquise..) quand j'ai pris le relais la nuit derniere...

Trevor avait les memes relations avec son co-equipier. On se retrouvait donc tout les deux a faire de la maintenance de nuit quand ca meule, pour que les machines tournent correctement de jour... Excellent..

Half past beer, c'est l'heure de rentrer au shed...


La derniere nuit se passera plus a l'exterieur de la cabine qu'a l'interieur, nos amies les weeds ont decide de refaire surface. J'etais pourtant hangover, ca m'a tenu en eveil! 20M, stop, nettoyage, brulage, repart, 20m, stop, nettoyage, brulage, repart, etc... On fini la parcelle avec Trev' vers 8h30. Plus de 1000 hect en 54h non-stop, un des plus gros chantier de la saison... On saute directement dans le dernier carre pour faire les headlands, les collegues arrivent vers midi, beer o'clock. Avec la petite idee qu'il n'y en a plus pour longtemps, je passe l'apres-midi avec Chris a lui donner un coup de main a remplir ses semis avec une monstrueuse vis a grain automotrice. Je ne dors que 3h, et vers 23h le patron nous dit que l'autre equipe finira le champ d'ici une heure... Cool! Come back to bed!

Je passe les 2 derniers jours en compagnie de l'incontournable Trev' et Andrew a faire de la maintenance sur nos attelages, car il reste de l'orge a semer, mais seulement la semaine suivante. Perdus au milieu de nulle part, petit soleil qui rechauffe bien, radio locale, conneries des collegues sans que le boss ne passe nous voir, ca c'est un bon finish!


Je passe le week-end a Narrabri avant de prendre le bus pour Brisbane en compagnie de Trev' et d'Alan, un collegue qui bosse a temps complet a la ferme. Seance decompression en compagnie de nombreuses bieres et Russes blancs!


Ce mois et demi de travail aura ete pour moi une tres grosse experience. Tres riche sur le plan linguistique comme je l'ai deja dit. Cela aura ete egalement un sacre test quant a ma capacite a vivre coupe du monde (ou quasiment, merci Anne d'avoir subi mes coups de fils du dimanche!). Dans certains moments, de sollitude et de fatigue generalement, on pense a tout ceux avec qui on aimerai etre, avec qui on aimerai repasser un bon moments juste dans la seconde qui suit, en claquant des doigts. Mais j'etais dans l'incapacite complete a pouvoir modifier mon choix, il fallait que j'aille jusqu'au bout de la saison. D'une part parce que le seul moyen de transport etait l'un des vehicules du patron et qu'il ne comptait pas me lacher comme ca. D'autre part, ce boulot est une des facons les plus rapides pour apprendre la langue, et une autre agriculture (qui ne m'a pas plus convaincu que ca..).

Je me suis pose la question de rester une semaine de plus pendant les derniers jours. Mais le caractere du patron m'a fait me decider assez vite....


Je retrouve Anne et Brad sur la Sunshine Coast pour une courte duree indeterminee pour l'instant, le temps de preparer la suite....


A bientôt!

dimanche 23 mai 2010

Plainview Farm Part 1















Bonjour a tous!


Tout d'abord, je souhaite ne pas m'excuser pour le mois et demi sans nouvelles, et sans recit. Non pas que j'etais mieux la ou je travaillais, dans un no man's land, mais la derniere mise a jour de votre ancien blog prefere mentionnait que je n'etais pas sur de pouvoir me connecter avec la planete. Ma supposition etait bonne puisqu'en plus d'internet, je n'avais pas de reseau telephone. On peut appeler ca un retour de quelques quinze ans en arriere pour ce qui est de la communication..

Un mois et demi, c'est court, mais c'est egalement long quand tout ne se passe pas exactement comme prevu, et pour tout vous raconter. Je pense donc etaler tout ca en deux episodes pour simplifier votre lecture.

Derniere preface: une de mes passions et mon metier est la mecanique. Ce nouveau boulot etant en plein dedans, vous aurez sans doute l'agreable surprise au fil du texte d'avoir des details concernant les machines, l'agriculture, etc.. J'essaierai d'etre assez concis pour ne pas trop vous saouler, tout en sachant que ces details interesseront certains d'entre vous..


Je serai assez bref sur le voyage. Je quitte Anne et Brad apres une derniere soiree en leur compagnie a leur donner un coup de main au resto, a la plonge. Le lendemain, Anne m'emmene choper le train qui me transporte jusque Brisbane. J'y reste une nuit dans un backpacker. Petit tour de ville en soiree, sans plus. Le bus qui me fait changer d'etat (comprenez du Queensland vers le New South Wales) part a 6h30. A part contempler un paysage sans grand interet et ecouter l'iPod, pas grand chose a faire. On passe a cote d'une concession John Deere avec une dizaine de 8530 attendant leurs proprietaires. Je me permet une comparaison avec une concession de la meme marque pour laquelle j'ai travaille et qui avait autant (voir plus) de tracteurs en stock mais dont la puissance est divise par 3 en moyenne... Avant-gout de l'echelle australienne... Le chauffeur nous propose une belle comedie de merde signee Disney, ainsi qu'un film d'animation (Volt) pour nous distraire.

Arrive a Narrabri, je contacte Matthew Harris, mon nouveau patron pour les semaines a suivre. La distance entre sa « ferme » et la ou je me trouve etant importante, il me propose de passer la nuit a l'hotel en attendant que quelqu'un passe me chercher le lendemain matin. L'hotel en question fait egalement office de pub, et apres chaque 10 morceaux de zic, un d'ACDC a fond les enceintes dans tout l'hotel!

Lendemain matin 7h30. Un des ouvrier passe me prendre en ute (prononcer « yioute », c'est le nom employe pour les pick-up, Toyota LandCruiser 6cyl. Double reservoirs, pas de trop vu les distances..). Il s'agit de Trevor, anglais d'une trentaine d'annees qui voyage depuis pas mal de temps. Il est mecano, a vecu pendant 6ans en Espagne, et a entame un nouveau periple depuis 2ans. Le feeling passe bien. On passe dans quelques workshops (ateliers) de la ville pour des broutilles et taillons la route jusque Cryon, nom du bled dans lequel est situe Plainview Farm, mon nouveau lieu de travail. 150 bornes plus tard, je me retrouve au milieu de nulle part, excepte les champs, une route, et des bois au loin (tres loin). Trev' me fait une visite sommaire de la baraque dans laquelle la plupart des ouvriers saisonniers vivent. La cuisine n'a pas trop de gueule mais le staff est correct, la salle de bain est egalement correcte excepete les tonnes de terre au sol. Je partage ma chambre avec un autre collegue que je ne rencontrerai que plus tard car c'est un des chauffeurs de road-trains (camions avec 2 remorques). Rendu a l'atelier, Trev' me propose de monter un equipement GPS sur le plus petit tracteur de la ferme: caseih 7250. Je fais la connaissance de la plupart des collegues et celle du patron. Il m'explique quelques details a propos de la-dite installation.. Ces details et ses explications seront un avant-gout des 1eres semaines de boulot en terme de comprehension de l'anglais technique, de l'accent australien, et plus particulierement celui du country-side (de la campagne quoi!)... Le patron me regarde travailler et monte dans les tours en 2minutes!! « Fuck me!! Are you a mecanic!? What did you do, mmh?! Fuck!! Fuck!! Fuck me!! Fucking quelque chose!! » Je n'avais donc pas tres bien compris ses explications... Ca promet pour la suite.. Du coup, on hesite a lui demander quelque chose... On est samedi, et ya pas grand chose a faire quand on reste sur place. Je me couche relativement tot (pour un samedi) et reflechi deja a la semaine suivante...

Le lendemain, day off. On part avec Aaron (collegue saisonnier arrive 2-3jours plus tot), Steve (barbu local qui tourne a la Toohey's New des 10h30 et employe permanent) et Trev' en direction de Lightning Ridge afin de faire de grosses provisions pour les semaines a suivre, car on ne bougera pasde la ferme, meme les week-end. 100Bornes plus tard, nous voilà dans un autre trou perdu. On fait le plein de bouffe, et de bieres car le retour sera un peu plus long que l'aller. On se rend en direction de la baraque de Steve par des chemins remplis de flotte. Steve conduit son ute, biere a la main, clope dans l'autre (ca me rappelle certaines expeditions en 2cv..). Apres une pause dans un autre trou perdu afin de boire une biere, nous voici chez Steve encore au milieu de nulle part. Il nourrit son sanglier (ne me demandez pas pourquoi il en a un), prend quelques provisions de son freezer, et son fusil.

Et c'est parti pour la chasse au kangourou en ute! 1Ere fois que j'en vois en liberte, c'est pour les degommer! Trev', l'oeil vitreux loupe plus souvent ses cibles que ses bieres, Steve en fait un tout en conduisant.. Ambiance! Retour au shed (nom employe pour designer l'ensemble atelier plus baraque de la ferme). Steve, un peu bourre, conduit la chargeuse pour mettre les poubelles dans une remorque pendant que j'essaie de discuter avec le patron qui est tres amicale ce soir, chelou...


Lundi 6h30am. Je donne un coup de main a la preparation d'un des semoirs. Je ne vous ai pas explique mon boulot: c'est l'epoque des semis, et je me suis fait embauche pour conduire un tracteur pour ca. Me voilà donc a preparer le materiel avec lequel je passerrai les prochaines semaines. Il s'agit d'un tracteur a chenilles, Caterpillar 95E, environ 420-430cv (au nombre de deux dans la ferme). Le semoir est un cultivateur Symonds, 24m de large fait maison. Il est alimente en semence par une tremie Flexi-Coil, 6tonnes de capacite, situee a l'arriere du convoi (environ 20m de long). Tres impressionnant vu du sol. Les trois semoirs+tremies sont identiques. Je me rend ensuite sur un autre attelage qui tourne deja dans un paddock (prononcer « padi », nom employer pour designer un champ, comme field). Le tracteur est un egalement un Caterpillar mais il s'agit de la derniere acquisition: MT 865 (environ 450cv).

L'un des chauffeurs est Nathan, tout juste la vingtaine, avec un accent et des expressions a couper a la hache.. Je galere serieux a le comprendre, c'est assez enervant pour nous deux. 1Ere gaffe dans la nuit avec un paquet de paille traine a l'avant du semoir. Petite explication: on plante une graine nommee Favor Bean (haricot) sur de la chaume de ble. Cependant, la chaume, restee en l'etat apres la moisson, est coupee assez haute et lorsque l'humidite arrive, la paille circule mal entre les dents. Je me retrouve apres 1,5km de paille avec un big-baller a degager a la main.. Car ces neuneus d'australiens qui ont tout mecanise, on oublie a quoi pouvait servir une fourche! Nathan arrive avec son ute, tres aimable, et me fait une morale a propos de ca. Ca motive pour la suite... Fini a 2h du mat.


Mardi. Nathan et Dave (l'autre chauffeur du tracteur, irelandais d'a peine 30ans) tournent deja en 2fois 12h, et je suis en formation pour la semaine avec Nathan. Je me rend a l'atelier vers 12h. Ma comprehension me fait encore defaut et le patron monte encore dans les tours et m'envoie des sermonts pour une broutille sans consequence. Apres-midi sans trop de probleme excepte cette putain de comprehension qui me travaille severe. On arrete vers 11h le soir, probleme d'humidite de la chaume cite plus haut. Compter environ 1/2h-3/4h pour degager le semoir. Retour au plumart, et je me pose deja la question de continuer ou non dans cette ambiance...

Le reste de la semaine continue sur le meme rythme, avec les incomprehensions suivis d'engueulades a 3h du mat' (« Now, fuck off, listen and repeat! »), des heures/jour qui commencent a grossir, et le stock de bouffe qui diminue sans que je sache quand je pourrai retourner en acheter, ca aussi ca me travaille. Je me decide a parler au patron que j'aurai du mal a suivre la cadence moralement pendant plus d'un mois. Tres comprehensif au debut, il fini par m'engueuler et me traite de tous les noms si je n'ai pas assez de cran! Putain!

Le samedi, Chris mon coloc' de chambre m'emmene avec d'autres collegues faire des courses, ouf!

Le dimanche est l'ANZAC Day (Australia New Zealand Army Corporation Day). Sorte de fete nationale telle le 14 juillet.. On repart en caisse avec Chris, Aaron et Kenny (nouveau saisonnier, irelandais de 22ans) pour aller boire quelques bieres a Lightning Ridge. Sur la route, on s'arrete car il y a des emeus (prononcer « emiou ») dans un champ. Je n'en avais jamais vu en liberte auparavant. Kenny vise et shoote avec le 22 long rifle de Chris! Celui-ci decoupe les pattes sur le bord de la route pour les mettre a l'arriere du 4-4.. Ambiance! Juste avant d'entrer dans la ville, Bush Tucker Man (surnom de Chris, veritable Crocodile Dundee finalement!) pose des filets dans une marre.

On boit un coup (1er russe blanc depuis un bout de temps!), mange un hamburger dans resto du coin, se promene, et on se rend dans une sorte d'association qui « collecte » de la tune pour l'ANZAC a ce que j'ai compris. Les seules recettes proviennent des bieres vendues, tout le monde est bourre. L'attraction? Une bache est posee au sol. Un mec tient une spatule dans la main avec trois pieces de 50cents, les jette en l'air et les laisse retomber sur la bache. Les gens parient par deux a pile ou face. Au minimum, 2 pieces d'une meme figure pour gagner 10-20 dollars. On se barre et apres quelques bieres dans le meme pub qu'a midi, on releve les filets.

Des Yabis (sorte de petits homards noirs d'eau douce) seront au menu de ce soir! Chris les cuisine ainsi qu'un bout de cuisse d'emeu en viande hachee. Excellent repas! Cette journee « viande+boucherie » m'a etrangement fait pense a mon ancien compagnon de voyage, allez savoir pourquoi... Le morale remonte tout doucement, je commence a comprendre un peu plus, les collegues sont assez cool avec moi, Chris et Trevor particulierement. J'apprends egalement que le patron est con avec tout le monde, qu'il n'y a que sa maniere de travailler et ses choix qui comptent, ca me console, un peu.. J'ai quand meme eu un sacre coup de cafard, presse d'en finir et de retourner sur la Sunshine Coast a aider Anne et Brad. Je peux deja dire que je vis l'une des plus grosse experience morale et linguistique par la meme de ma (jeune) vie.


La semaine qui suit nous fait rentrer dans le vif du sujet et du rythme. Nous emmenons les trois attelages (Cat+semoir+tremie) ainsi que le petit (Case 7250+semoir fait maison sur base de cultivateur John Deere et petite tremie d'1,5-2 tonnes) a travers champs jusqu'à un site qui n'appartient pas a Matt (le patron) mais travailles en contrat. Nous avons environ plus de 50 000 acres (environ 18 000 hectares) a semer en 3-4semaines. 25-30 000 sont au patron. Un dernier tracteur nous rejoint: Case 9370 articule (environ 350-400cv) avec une espece de cover-crop leger utilise pour obtenir un sol plat et uniforme pour certaines cultures. Nous ne commencons pas tout de suite les night-shift. Aaron est sur des 95E avec Trev', Kenny sur l'autre, et moi sur le petit Case. Et ca me plait carrement! 12M de large, pas de probleme de bourrage, excepte les roues plombeuses dont le diametre augmente avec la terre qui s'y colle, le tracteur galere et fume... Disons que c'est un peu plus a mon echelle.

Un soir, le patron me ramene avec Dave vers le shed. Completement tare a 120-130 km/h sur de la gravel-road, de nuit en drift, avec les gosses a l'arriere, sans ceinture bien evidemment.. Mais attention, pour la bonne education des petits, interdiction de jurer, ou de dire des gros-mots dans le 2A (nom employe pour la CB). Lui par contre se permet de jurer et de faire des gestes relativement obscenes devant eux lorsqu'une fois de plus, il nous engueule... Meme s'il a de tres bonnes connaissances en mecanique et en pognon cerealieres, ca reste un trou du cul avec ses ouvriers!

En fin de semaine, je me retrouve a bord d'un des 95E pour y rester jusqu'au terme de la saison. Les shift-time sont lances: je commence ma journee a minuit, pour laisser la place a Kenny a midi. Mes shift-mate sont Trev' sur l'autre 95E et Nathan sur le MT. Avec le lancement des nouvelles horaires de travaille, je me vois faire 26h d'affile coupees par 3h de sommeil.. Ambiance! Dormir l'apres-midi, pour se reveiller et attaquer le taf dans le froid, ca ne me plait pas trop au debut. Mais ca me permet de faire pas mal d'heures car, bien souvent, un peu de maintenance est faite lors du changement d'equipe et Matt demande souvent a Nathan et Trev' des services avant d'aller se coucher. Les heures s'accumulent...

La suite dans quelques jours...