vendredi 11 février 2011

Jamais ete aussi proche de la fin...







Bonjour !

Je ne sais meme plus quelle sorte d’introduction je pourrai ecrire. Serai-ce un manque d’inspiration, ou bien la lassitude de vous narrer les explois realises dans cet hemisphere. Ca tombe bien, retour dans le pays d’ici 3 semaines !

Mais avant, petit resume des dernieres peripeties affrontees dans le New South Wales....

Pour cela, remontons le fil du temps de quelques semaines ainsi que le marche-pied des machines apres quelques jours de grisaille.

Nous pensons en avoir pour 2 semaines comme suggerer lors du precedent episode, mais tout est fait pour nous ralentir. D’une part, le retard (considerable) accumule fait que la plupart des champs sont envahis d’herbes et de mauvaises herbes ce qui implique que les machines ne peuvent plus tourner passe une certaine heure quand la rosee fait son entree sur scene.

D’autre part, nous ne sommes plus que 5-6 moissonneuses a tourner dans le coin (coin-coin !), les silos (genre de cooperative) decident donc de fermer de bon heure puisqu’il n’y a plus grand chose a livrer dans la journee.


Pour suffisament fournir les-dits silos, Sue nous envoie donc tous vers la meme ferme, histoire de deblayer 700hect en quelques jours...

Mais...

Avant de s’y rendre, nous decidons Kevin et moi-meme de redonner la sante a notre batteuse en lui changeant son filtre a air ainsi que celui de gasoil... Aie...

Constatation d’une grande quantite d’eau dans le circuit de gasoil mais la machine demarre tout de meme pour nous emmener a l’autre ferme, et c’est tout ! Plus moyen de la demarrer ! Diagnostique, reparation de faisceaux electriques qui se desagregent sous les vibrations et la chaleur, eau dans le ciruit, bref pas bon quoi.

Le chef se ramene le jour suivant, les mecanos d’une concession Case egalement, et c’est parti pour un jeu de patience et d’observation de leur pitoyable methode de travail, de recherche de panne et de reparation.


Apres 5-6 jours d’attente, la fumee apparait enfin a l’echappement, c’est reparti !.. vers une autre ferme puisque tout a deja ete saque par les 6 autres moissonneuses. Et a notre arrivee sur l’autre chantier, il ne reste plus que 2machines tournantes... L’hecatombe ! Juste en passant : une des machine de Sue(JD9660) a litteralement perdu le rabatteur de sa coupe (« il a glisse chef.. ») quand l’autre (JD9860) a egalement des problemes de coupe et de vis de vidange. Une autre (Caseih AFX 8010) a des problemes hydrauliques, et la petite du lot (Case Axial 1680) se decouvre des pannes regulierement. Il etait temps de se ramener par la.

Les machines en chient, bourrent leurs rotors, bloquent leurs coupes, ont des boulons qui se font la malle, la fin de la saison est urgente.


Pour les chauffeurs egalement l’impatience gagne du terrain, surtout pour moi. Le regime sandwichs au midi et quelques fois le soir, quand ce n’est pas des fois ne rien manger pour cause de fatigue commence a me lasser. Les corn flakes au petit dej’ aussi. Nous nous rabbatons donc sur une valeur sure : Red Bull !

Heureusement, les collegues sont sympas, personne ne tombe malade, et les pannes sur nos outils de travail sont tres rares. Sue, la patronne des chantiers adopte cependant quelques strategies un peu etrange, ce qui n’est pas pour me plaire. Qu’importe, la fin est proche !


Le dernier jour, 4 machines sont dans le champs, 2Case, 2 John Deere. Le rythme effrene la veille se poursuit aujourd’hui, on ne peut pas dire que les rendements de cet orge soient miraculeux, quoique... Kevin se charge donc de la derniere journee, avec des reglages effectues la veille qui ont plus pour but de recolter le plus vite possible que de faire attention aux pertes... Hum hum... De toute facon, l’autre machine rouge (7088) dont la capacite moteur est plus faible avance presque aussi vite que nous, l’explication est simple...

La premiere partie du dernier champ est.. comment dire.. ? On a l’impression qu’un coup de vent ratisse 48m de recolte en un claquement de doigts... :

« -Copy Kevin ?

-Ouai.

-Vous avancez a combien la ?

-11hect/heure..

-Ah d’accord.. »

11 hect/heure, chacun... Mais les rendements un peu plus important dans la 2eme partie ralentissent les formules 1 agricoles. 15h30, ca y est ! c’est fini !

« -Copy Timmy ?

-Ouai.

-Bon apparament, ya un autre chantier a finir..

-Putain c’est pas vrai ! »

Et quel chantier ! Le soi-disant ble present dans la parcelle est presque introuvable tant la densite de l’herbe est importante ! Ce sera finalement juste pour nous faire chier puisque nous arretons avec l’autre machine presente vers 20h, l’humidite du grain etant un peu trop haute : 18% au lieu des 12,5 acceptes par la coop... Hum hum..


M’enfin tant mieux ! On remballe tout, prepare la machine pour la route qui nous attend demain et direction le pub ! « Quelques » pintes avec des gaziers bien connus (depuis le temps..) et retour vers la baraque qui nous aura abrite un peu plus d’un mois.

Le lendemain, apres avoir roule avec la batteuse et le tracteur (toujours Bibi dans le Land-Cruiser), retour a Bribree, pour un pot donne par Sue et Bernie afin de remercier les differents protagonistes de leur moisson. Et maintenant, vacances !

Warwick nous a propose de l’accompagner sur la cote, a quelques 200km au sud de Sydney rejoindre sa femme et ses enfants deja present dans une baraque de location depuis 1semaine et demi. Pourquoi pas ! Shaun (le chauffeur de la semi) est egalement de la partie, le voyage aller nous met dans l’ambiance...


La station balneaire dont je ne me rappelle deja plus le nom se situe a une 20aine de bornes de Woolongong (Google Earth..), et le rush de la saison est passe. Le week-end promet d’etre calme. Ou pas car des le premier soir nous faisons la connaissance des voisins, amis de nos patrons depuis une dizaine d’annees, avec qui nous partageons l’apero. Bieres, vins, et autres liquides aidant les ronflements nocturnes.. Nous dormons dans une tente pretee par les parents de Warwick present sur le camping qui jouxte les maisons de locations depuis 3 semaines. Le reveil se fait de bon heure, etant donne la qualite de l’isolation thermique qu’offre toute tente digne de ce nom.


Les journees se succedent par de nombreuses baignades, histoire de decrasser l’incroyable quantite de poussiere accumulee depuis plusieurs semaines. Ayant lesine sur la creme solaire, ou bien ne se rendant pas compte de l’effet radical du soleil australien, le p’tit gars de Pace s’est metamorphose en homard ! Avec bien entendu, l’impecable marque des lunettes sur le visage ainsi que celle des tongs sur les pieds, la classe !

Cela ne l’a pas empeche d’aller s’eclater en ski-nautique, gracieusement invite par les voisins et en compagnie des patrons et de leurs enfants. Je le laisserai donner plus de details a ceux que ca interesse, j’etais quant a moi occupe a autre chose..

Les enfants de Warwick et Kylie n’arretant pas de pigner pour aucune raison mais a longueur de journee, je decide de glander au frais dans la petite maison au pied de la plage. Shaun me rejoint pour y faire sa sieste. Vers 15h, on se motive et bougeons vers une petite peninsule ou se trouve un phare. Un peu plus bas, des pecheurs sont a l’affut du gibier. Et quel gibier ! King Fish, c’est son nom, fait entre 4 et 5kilos suivant les specimens et se peche au vif avec 3hamecons plantes dans celui-ci ! Bon, on s’y met, preparons tout ca, lancons nos lignes et observons les autres gaziers. Ca mord mais pas l’hamecon. Je decide de mettre un peu plus de fond en remontant le bouchon, et la, c’est le drame...

Le poisson repond au piege et commence a faire courber ma canne, je me prepare pour le moment ou il reviendra vers moi pour donner un coup de moulinet, mais pas trop, faut la fatiguer la bestiole. Cependant, le frein de mon moulinet lache et le fil se deroule a vive allure. Pendant que j’essai de mouliner, le fil attrape mon petit doigt gauche et commence a le serrer jusqu’au sang. Dedieu ! J’alerte Shaun present a cote pour qu’il m’envoie le couteau et mettre fin a ce delicat moment. Mais le bougre aquatique est toujours au bout du fil, et j’essai de detendre le tout avec ma main droite, jusqu’a ce que mon collegue, dont le temps de reaction dont il a fait preuve lui ferai gagner le concours du moins stresse, se ramene et donne le coup de lame decisif. Que d’emotions...

Malgre une reparation (sommaire) de ma canne a peche, le poisson ne repond plus a mon appel mais a celui de nombreux autres pecheurs mieux equipes tant en materiel qu’en strategie. Madame s’occupe d’attraper les vifs au bord du rivage, le petit les defait des hamecons et les met dans un seau de flotte, l’aine les embroche sur sa ligne et attend que ca morde pour qu’ensuite le pere s’occupe de ramener la prise. Temps necessaire : 5-6min.

Nous rentrons donc bredouille, ou « broucouille » comme on dit dans le Bouchonnois, pour finalement se refaire un dernier apero en compagnie d’un peu tout le monde connu sur le site. Retour a la realite le lendemain pour aller passer un coup d’aspi dans notre maison d’un mois, et revenir sur Peak Hill dans la soiree.

Nous avons participer cette semaine a ce qu’on pourrai appeler une reunion de Cuma. Sauf qu’ici, il n’y a pas de materiel en commun. Le cotton n’est pas plus developpe que ca dans cette partie du New South Wales, et notre patron ainsi que deux autres farmers s’y sont lances afin d’utiliser leurs terres pendant l’ete. Deux journees d’explications sont au programme pour les personnes interessees, le tout presente par un agronomiste, qui a l’air d’avoir de la bouteille, meme si on ne comprend pas tout.

La 1ere journee sur le terrain est tres enrichissante, la deuxieme dans une salle au-dessus d’un pub l’est beaucoup moins, probleme de comprehension de sujet oblige, ou de langue tout court pour Kevin.

Ce soir c’est French crepes ! Un des derniers repas en compagnie du chef et de sa famille, ainsi que Matt precedemment croise et Shaun qui devrait faire un tour par la.

Mais je n’ai pas parle Yasi, le cyclone qui est passe sur le pays. Je n’en ai pas parle car l’etat du Quennsland a ete le principal concerne et plus precisemment le nord, rien a voir donc avec l’endroit ou l’on se situe. Et comme la plupart d’entre vous chers lecteurs sont tres observateurs sur les renseignements geographiques que j’insere dans ma prose, aucun d’entre vous n’aurai eu de raison de se faire du souci pour nous... ;)

Quoiqu’il soit et quelles que soient les problemes meteos (et tes bas), notre patron devrait nous ammener lundi prochain a l’aeroport de Canberra pour mettre fin a une longue mais nez-en-mois tres agreable periode travail dans le New South Wales. Je ne chercherai pas a enjoliver plus que ca, il n’y a pas de mot pour definir ce que nous avons vecu.

La destination de notre avion : Perth ! Comme precedemment conte, nous rejoignons Dof, pote de France et de Nouvelle Zelande qui s’est temporairement sedentarise, porte-monnaie en famine oblige.

Voila donc 3 semaines de vacances sur la cote Ouest qui se ramenent, aurai-je la motivation d’ecrire un ultime chapitre, ou celle d’attendre d’etre de retour pour vous le raconter... ?

Reponse le 8mars...

A tantot !

Kevin, Ludo.


Ps: Pas plus de photos, prend trop de temps a charger.

lundi 10 janvier 2011

La moisson s'eternise!!


« On devrai donc encore rester au minimum deux semaines dans cette region de l’Australie, le temps d’en finir avec cette interminable moisson... »

Mais que s’est-il passe depuis nos dernieres aventures de windrowing ? Et en quoi cette moisson est-elle interminable ?

J’emprunterai a l’ami Ricus ici present (bon, present en Australie, je sais ca reste vague dans un pays 14fois plus grand que la France.. d’ailleurs, voici son blog : http://ricouscousinoz.blogspot.com/) une expression qui lui tient a coeur : « Je te vois deja plein de questions cher lecteur/lectrice, ne sachant plus comment rester en place sur ta chaise tant le suspens reste intense ! » Voici les reponses...

La premiere semaine de decembre nous a fait profiter de pluies interminables et diluviennes, ce qui nous a permis de verifier la tres bonne etancheite de la maison. Puisqu’a part quelques bricoles entre deux averses, nous n’avons quasiment rien foutu. Le chef non plus d’ailleurs. Les routes bloquees par les innondations, les champs egalement. La suite de la saison risque d’etre sportive.

Mais je n’ai pas parle de notre premiere semaine de moisson qui s’est deroulee fin novembre dans les champs de la ferme avant cette pause tacite...

A peine avoir dit adieu a la MacDon, me voila deja au volant d’une nouvelle inconnue, mais qui n’aura plus beaucoup de secret par la suite : Case IH Axial-Flow 7120, coupe quasi-identique a celle de la McDon puisque c’est ce dernier qui les repeint pour Case. J’attaque dans ce qui reste de ble, environ2-300hect. Kevin a de son cote un ultime chantier a terminer du cote de Peak Hill en windrowing . Le patron est sur le road-train, un des Irish sur le Chaser-bin avec le John Deere 8520. Les premiers jours se deroulent sans trop de probleme, bon disons le 1er jour. Lors du 2e, j’attaque une nouvelle parcelle, fait les tours, met en place le guidage GPS, et c’est le drame...

Dans ce coin du New South Wales, les arbres au milieu des champs sont legions, et plus nombreux que dans notre campagne francaise, a proportion. Tres facile de les contourner lorsqu’ils ont encore leur branches et un tronc qui depasse la culture... Ce qui n’est pas le cas de ce qui me stoppe net lorsque je veux m’attaquer a une nouvelle longueur ! Banc de scie completement fausse, rabatteur HS, je ne fais pas dans la demi-mesure. J’appelle le patron qui s’etonne que je n’ai pu voir les coups de semoir contourner l’obstacle, mais partage tout de meme la faute.

C’est donc ce qui met un terme definitif au windrowing puisque nous adaptons la coupe de la McDon sur la moissonneuse afin de continuer. Ce qui aura finalement son avantage en conditions speciales...


La saison de windrowing etant finie, le patron n’a plus beaucoup de travail a proposer pour la main d’oeuvre disponible et c’est sans savoir ce qui s’est reellement passe que les Irishs s’en retournent a la civilisation du cote de Sydney.

Kevin prend donc la releve sur le Chaser-Bin et le tracteur, nous voila chacun dans nos specialites respectives ! Du moins, le temps que je prenne la batteuse en main sous les conseils du chef, nous adoptons par la suite un rythme d’alternance journaliere afin d ‘eviter la lassitude et finalement de se comprendre parfaitement lors d’un chantier.


Nous n’arrivons malheurseument pas a tout battre de ce qui reste d’orge, c’est a dire une 20aine d’hectare, une paille j’ose dire...

La pluie s’invite debut decembre pour tester notre patience. Le stock de film sur les disques durs est bien utile, le chef nous refile meme son ancienne tele et la Playstation. Ce qui me fait acheter un certain jeu connu sous le nom de Gran Turismo, pour ceux qui connaissent mon addiction...

Des bricoles a l’atelier entre deux averses, des courses et des balades avec Warwick.

Une soiree a Parkes, ville la plus proche de la ferme (excepte Peak Hill) a 50 bornes environ par gravel-roads. Matt, un jeune gazier travaillant pour un concessionnaire agricole et ami de du chef fete ses 21ans, on pourrai interprete ca comme des 18 ou des 20ans de chez nous. Debut dans un pub avec BBQ, bonnes bieres, la suite dans un bar de nuit a 50m de la, qui mettra un terme a la consommation de cocktails de Kylie (femme du patron, ndlr..). Mais ce n’est pas fini pour nous puisque nous nous rendons dans une baraque quelque part en ville pour voir le jour se lever...


La semaine suivante nous fait remonter dans les machines car il y a 400hect de Chick Pea (du pois chiche ! Eh oui, que mettrai-tu dans ta semoule de couscous ?) a recolter. Les heures commencent a gonfler, a mesure que les rendements diminuent vu l’etat pitoyable des champs, en matiere de mauvaises herbes. Nous avons droit a une nouvelle experience, grace aux hecto-litres d’eau tombes il y a encore une semaine. S’enliser avec une moissonneuse, rien d’exceptionnelle, on connait ca lors de la recolte du mais (pas de « i » trema sur mon clavier..).. Cependant, etant bientot en ete, on est en droit de se poser quelques questions... Pas de probleme, un cable, des manilles et le tracteur nous sort de la, et puis tant que ca n’arrive qu’une ou deux fois...


Que neuni !

Apres avoir termine toutes les cultures autour de la ferme, il est temps de partir en contracting ! Et le premier chantier est bien humide. Heureusement, Pat et Mick, farmers de cette propriete ont prevu un Case Steiger, gros tracteur articule de presque 400cv afin d’etre a l’affu de la moindre machine rouge couchee sur son chassis. Car nous ne sommes pas les seuls a ratisser les belles parcelles de ble. Tom, un trappu a la barbe rousse arrive avec une machine identique a la notre, et Dick, tondeur de moutons de metier, tres sec, le chapeau recousu, le jean toujours trop large pour les jambes, meme sans doute en taille 25 si elle existe, debarque avec une Case 2588 et une coupe un poil plus petite (seulement 10m50..).


Trois machines a chaque fois dans le meme champs pour eviter de faire courrir les deux chaser-bins deja assez occupes, ca vous ratisse une centaine d’hectare en un claquement de doigt ! Mais les zones a faible portance ralentissent un peu ce rythme effrene. Seulement un peu car Pat est constament sur le tracteur a tirer une des trois machines. Environ 5 road-trains sont recrutes pour emmener le grain a la « Coop » locale, ce qui n’est pas de trop puisque combinees, les moissoneuses debitent environ 90-100 tonnes/heures...


Apres ce chantier tres bien organise, nous nous rendons plus au sud afin de rejoindre la ferme de la soeur de Kylie et de son mari. Ici aussi, la creation de tranchees par les roues avant de la Case est monnaie courante jusqu’a cet ultime enlisement ou ils nous faut 4-5heures pour sortir la machine rouge devenue marron. C’est dommage, les roues avant commencaient a faire betonneuse avec l’eau presente en-dessous !


Mais ce n’est pas a cette vitesse que le chef pourra rembourser l ‘Axial Flow et decide donc de continuer toujours plus au sud, a environ 250bornes de Peak Hill, non loin de Young (je vous laisse regarder sur Google Earth...) capitale de la cerise ou Ricus y a passe quelques temps auparavant.

Et nous allons finalement s’y sedentariser car il n’y a pas grand chose de fait...


Nous ne travaillons plus pour des farmers, mais pour un groupe cerealier (je dirai meme une « boite cerealiere » pour faire plaisir a certains...) connu sous le nom de Glencore. Il s’agit d’une multinationale proprietaire de terres un peu partout dans le monde ou l’on peut faire pousser du ble. Nos interlocuteurs et managers des terres sur lequelles nous travaillons sont Bernie et Sue. Lui, grand gaillard d’environ 2m et des poussieres avec des paluches vous imposant le respect, mais gentil comme un gros nounours. Elle, gaillarde d’environ 1m70 sur 1m (au moins...), eteignant ses cigarettes dans la main contenant la salive crachee plus tot pour eviter un incendie (apparament, y connaissent po le cendrier de poche...), ca c’est la classe ! Mais tres sympas, contents d’avoir des francais dans leur equipe, peut-etre un peu moins lorsqu’ils entendent nos interminables conversations dans la CB...

Les annees precedentes, ils ne faisaient appel qu’a des contracteurs comme Warwick pour battre environ 6300hect de ble et de colza. Mais cette annee, les intemperies ont change la donne et la plupart des machines sont encore bloquees au nord dans le Queensland. Sue et son mari ont donc du acheter deux moissonneuses dans l’empressement : John Deere STS 9760 et 9860 d’occasions.


Nous voici donc en leur compagnie depuis le lendemain de Noel... Ah oui ! Noel ! Assez etrange comme Noel cette annee !

Le reveillon s’est deroule a Parkes, au Pub avec le chef et Matt cite plus haut, apres notre journee tres rentable a sortir la Case pendant 5heures. Toujours crassous, ce n’etait pas encore le bon moment pour flirter avec la gente feminine, m’enfin je ne m’eterniserai pas sur ce sujet, tres subjectif...

Samedi 25 decembre, nous voici chez la tante du chef pour une journee en compagnie d’une partie de sa famille, en prenant le repas dehors sous les tonnelles, et agremente de batailles d’eau ou tout le monde est equipe de pistolets a eau, tous plus gros les uns que les autres et particulierement celui de Bob, le pere de Warwick... On comprend maintenant l’origine du caractere du chef a sans cesse chercher l’ultime connerie... Une piscine est egalement a disposition pour les enfants, ce qui nous decide, Kevin et moi-meme a donner un bain gratuit a notre chef en cette chaude journee de decembre... Bien bu, bien mange, bien vecu comme dirai quelqu’un, nous voila de retour le soir a Peak Hill en ne sachant pas trop le plan pour le lendemain etant donne la pluie tombee la ou est la machine.


Le plan est finalement tres simple : nous retournons chez la soeur de Kylie, ou est la machine, pour un deuxieme repas de Noel ! En compagnie de la troisieme soeur et de son mari, des parents des 3frangines et de tous les enfants (vraiment nombreux..), le repas se deroule a l’interieur et ressemble plus a ceux experimentes en France. Apres-midi sirotage de bieres, de vin, a plaisanter avec un peu tout le monde, a jouer a la Xbox et son capteur de mouvement qui rend les manettes de jeu obsoletes, pendant que les petits entament une nouvelle partie de bataille d’eau avec comme leader dans les vices aquatiques commis sur les parents, Mack le 2e de Warwick et Kylie. Celui-la a tout d’un petit diable et n’est pas en manque d’immagination... Nous dormons le soir sur place apres avoir mater une merde cinematographique entrecoupee d’une dizaine de pubs (au bas mot) : Triple X.

C’est donc apres ce tres bon week-end que nous partons 120km plus au sud rejoindre l’equipe de Sue, toujours dans le meme ordre a 25-30 a l’heure de moyenne : Kevin sur le tracteur et le transbordeur, le chef sur sa machine et moi devant dans le Land-Cruiser pour convoyer le tout.


Les differents chantiers se deroulent par fermes (meme s’il n’y a plus de farmer a proprement parler) et la premiere est vraiment euh... catastrophique ? En effet, l’hiver tres humide rendait l’acces au pulverisateur impossible, les rendements sont donc au plus bas, a l’instar des mauvaises herbes, on pourrai meme parler de prairie dorenavant. Mais cela nous permet de deja constater quelques differences entre une machine rouge et une verte, tres grand debat international et inter-generationnel pour les connaisseurs... Alors !? C’est laquelle la meilleur ? Ben ya pas a chier, c’est la Case ! Eh oui ! La coupe est au top niveau malgre les hectares deja enquilles par le windrowing, quand la coupe verte bourre. Et lorsque les rotors des machines bourrent lorsque l’humidite rend les mauvaises herbes encore plus corriaces, la boite de vitesse a variation continue de la Case fait la difference. Alors qu’il faut tout simplement arreter le chantier avec une John Deere pour prendre le temps de debourrer a la main... Sans parler de la cabine tres ergonomique et comfortable, des facilites d’entretien, d’acces, de logique de conception, messieurs de la biquette, vous avez du pain sur la planche ! Et ce n’est pas un retournement de veste de la part de l’ecrivain de ces lignes, seulement une constatation...


Seul inconvenient notable : la tremie et son systeme de vidange, un peu sous-dimensionne par rapport aux capacites de la machine.

Pour redonner un peu de baume aux coeurs (vert), le tracteur vert reste toujours le meilleur (du moins celui que l’on utilise), et sans appel, compare aux rouges d’une gamme comparable... Ca va comme ca ? Tout le monde est satisfait ?

Comme l’a dit Kevin, le 31 decembre restera dans nos memoires pour un bon bout de temps.

Le chantier mi-ble/mi-herbe se termine en fin d’apres-midi (pendant que les 2 John Deere sont en panne... hem hem.. seulement les coupes en fait...), et nous voila pret a partir vers la prochaine ferme a une bonne 30aine de km de la. Le convoi compose d’une des 2 vertes, de la Case, du tracteur/chaser-bin, du tracteur/mother-bin (tres-tres grosse remorque d’une capacite de 100tonnes pour faire tampon entre les road-trains) roule a allure pepere sous un soleil couchant magnifique, situation irreelle pour nous deux. Sue souhaite commencer le chantier des cette nuit mais il y a des risques de s’enliser et le champs d’environ 3-400hect. pourrai nous paumer. Shaun, chauffeur du camion de Warwick quand celui-ci est a faire autre chose, nous emmene en ute vers le pub du coin pour y chercher a manger, et la c’est le drame...

Nous retrouvons nos recents collegues de travail en train de siroter quelques bieres pour le reveillon. L’un d’entre eux s’appelle Joanna, demoiselle de 18-19ans conduisant une des deux moissonneuse. Elle nous propose direct des shooters de Tequila, pourquoi pas ! Le pere Shaun repart de son cote avec un autre ute et nous laisse donc le Land-Cruiser. Quelques bieres et shooters plus tard, nous voici pret a repartir d’un pub situe dans un bled vraiment paume pour une rejoindre la maison encore plus paumee dans la campagne accessible par gravel-roads bien evidemment, sportif le retour !

Les jours sur la nouvelle ferme se suivent... Oups ! Bonne annee a tout le monde ! Bonne sante, en esperant que vous avez bien festoye lors de votre reveillon !

Ca c’est fait...

Les jours se suivent donc sur cette nouvelle ferme, avec des machines vertes souvent en panne, mais la rouge aussi ! Un peu de diagnostique un 1er janvier, ca entretien la forme et permet de decuver, surtout a 35degres a l’ombre... Nous avons eu droit la veille a un pic a environ 42degres, mieux vaut etre dans les cabines climatisees...


Nouvelle idee du chef pour la machine, jumeler les roues avant, deja equipee de boudins de 90cm de large. Avec deux pneus en 710, plus les entretoises entres les roues, c’est une machine de 5m80 de large que nous conduisons dorenavant... Impressionnant...

Mais ca ne dure que trois jours puisque le jumelage droit se fait la malle pendant que Kevin est a recolter du colza, windrowe au moins un mois plus tot. On laisse tout de meme la roue gauche en place, car la pluie sera de retour dans quelques jours, il faudra donc remonter la droite.

Le ramassage du colza s’effectue a l’aide d’un pick-up a tapis et d’une vis normale pour alimenter le convoyeur. Etant donne le retard pris dans cette moisson, les rendements ne sont la non plus pas au rendez-vous : sur environ 1000hect, la moyenne tourne autour de 1,2tonne/hect... La moyenne d’avancement par contre est autour de 8hect/heure... Ca deblaye !


Un autre gazier nous a rejoint avec une Case 7088. Un connard, ou fuckwitt, fuckin’ idiot, bloody bastard, fuckin’ cant, arrogant, c’est comme vous voulez !

Mossieur se croit un peu au-dessus de tout le monde meme s’il n’est que chauffeur comme nous tous... Le premier soir de son arrivee, il degage les affaires du lit de Kevin et s’y installe a sa place, car il s’agissait deja de son lit 4 semaines plus tot, ah... bah oui normal quoi... Le lendemain, il se permet de traiter Shaun qui s’occupe de la bouffe de « Kitchen bitch », je vous laisse traduire... Alors qu’ils ne se connaissent que depuis quelques heures, quelle confiance humoristique... Dans le champs, mossieur ne prend que les belles longueurs... Alors qu’il n’avance pas un cachou (merci Jo pour cette expression). Mais le pere Shaun ne se laisse pas marcher dessus et lui a reserve une belle surprise... que nous vous raconterons avec plaisir !

Quoiqu’il en soit, cela ne nous empeche pas de nous marrer entre nous, avec Shaun qui cause sans arret, Warwick qui nous a rejoint pour faire du night-shift (comprenez faire un relais de nuit), ainsi que Kylie quelques jours. Le morale et l’ambiance sont au top, les heures prennent une dimension de fou egalement : le minimum tourne autour de 15h, quand certaines journees depassent les 19h... de travail. Kevin n’en peut plus et nous echangeons nos places pour le laisser faire une meurienne dans le tracteur...

Mais la pluie fait son retour (encore...), et nous passons chez Sue et Bernie siffler quelques bieres et faire des lois avec pleins de gaziers, dont le boss de Glencore, avant de nous en retourner sur Peak Hill pour quelques jours.


Voila donc le moment de placer mon introduction :

On devrai donc encore rester au minimum deux semaines dans cette region de l’Australie, le temps d’en finir avec cette interminable moisson...

Mais notre prochaine destination est deja connue puisque j’ai du faire un choix dans l’achat de mon billet de retour (deja ? non, pas deja... je dirai « enfin ! »). Ce sera donc Perth, pour une duree encore inconnue mais pour un sejour qui se terminera debut mars, en compagnie de celui avec qui j’avais commence mon long periple il y a un peu plus d’un an : Dof, ou Anthony comme vous le voulez.

D’ici la, portez-vous bien comme des lapins (la seule rime disponible sur le moment..), et bon courage dans votre hiver !

A tantot !

Kevin, Ludo.


jeudi 2 décembre 2010

Wilga Vale Farm: Bienvenue chez les manouches



Bonjour a tous!

A nouvelle ferme, nouvelle introduction.

Aujourd’hui, mardi 30 novembre, il pleut. Rien d’extraordinaire en ce qui vous concerne j’ose dire. Mais en etant dans un des pays les plus sec au monde, il y a de quoi s’en etonner. Du coup, me voila a ne rien faire, a part ecrire ces « quelques » lignes, en attendant le retour du beau temps. Car, impossible de moissonner...

La fameuse moisson australienne ! Un gros chapitre de l’agro-business mondial, plusieurs chapitres de mon blog je suppose... Me voici donc de retour dans la « ferraille » au service de l’agriculture avec comme nouveau partenaire de voyage, Kevin. Comme explique vite fait precedemment, nous avons travaille dans la meme boutique pendant quelques annees, et avons la meme passion (travail et passion peuvent paraitre innassociables pour certains...).

Passion qui nous fait accumuler des heures de folies, qui nous impose des situations inimaginables, et une vie de dingue ! Quand on aime, on ne compte pas, seulement ses heures...

Petite information avant de rentrer dans le vif du sujet : comme lors de ma narration de la saison des semis, il y aura pas mal de description sur le plan mecanique et agricole, que j’estime indispensable a la comprehension de nos activites, mais qui peut paraitre barbante pour certains. Tant pis pour eux, meme si j’essai d’etre bref !


La ferme dans laquelle nous travaillons se situe a quelques kms de Peak Hill, dans les terres du New South Wales (ou Nouvelle Galles du Sud), a environ 300kms a vol de perroquet de Sydney. Autrement dit, dans un des nombreux trou du cul d’Australie. A peu pres 2000hectares de terre, une moissoneuse, quelques tracteurs (pas plus de 330cv), un automoteur de pulve, un road-train, deux windrowers, un telescopique, un atelier avec pas mal d’outillage etales un peu partout dans la cour, les utes, les machines. Autrement dit, pas grand-chose de disponible les 5 premieres minutes, mais on s’y fait.

La famille qui nous accueuille est composee de Warwick Mitchell, le boss, a peine la 40aine, sa femme Kylie et leurs enfants Millie, Mack et Essie. Matt, un local employe depuis quelques semaines partage l’accumulation de bois et de toles qui nous sert de maison. Deux irlandais, Shiaimas et Decklon (des noms a couper a la Guiness !) arrivent le soir de notre 1ere journee de travail.

Je n’ai pas parle de notre voyage vers cette ferme, mais il vaut la peine d’etre decrit, car il sera finalement une bonne preparation a la serie de peripeties qui nous arrivera tout au long de cette saison...


Apres n’avoir plutot rien foutu pendant une semaine, a part siffler quelques bieres et fait des lois avec le pere Ricus, nous partons de Sydney en bus. Cependant, il n’y a pas de ligne direct vers Peak Hill. Il nous faut descendre au sud, prendre une autre ligne pour remonter vers le nord, ce qui veut dire environ 6-700 bornes de bus, pour finalement 300bornes a vol de pigeon-a-crete-de-punk depuis Sydney comme mentionne plus haut. Mais arrive a Canberra (« Tiens ? On passe a Canberra ? »), ville-etat-capitale d’Australie, on nous informe que des innondations empeche le bus d’aller plus loin. Eh ben putain ! Nous decidons de passer la nuit dans un backpacker YHA avec un autre francais afin de patienter jusqu’au lendemain. Malheureusement, le lendemain n’est pas meilleur puisqu’il n’y a pas de bus du tout, merci Greyhound (compagnie de bus). Glandage au backpacker car Canberra, ca caille, et c’est mort ! C’est desert ! Surtout le dimanche, comme de nombreuses villes australiennes et neo-zelandaises, soi-dit en passant.


Retour a la compagnie de bus le lendemain qui nous propose un rapatriement gratuit sur Sydney, on prend. Quel debut de saison ! Nous filons vers les trains, nous apercevons qu’il y a finalement une ligne direct en 4-5heures vers Dubbo, principale ville a 1h de route de Peak Hill, achetons les billets, appelons le patron pour le prevenir, et retournons au guichet 5min plus tard nous faire rembourser les billets. Warwick sera sur Sydney demain pour un chargement, il pourra donc nous amener... Ca enchaine !

Nous le retrouvons donc le lendemain avec le Kenworth (marque du camion, pour 50% australien) et un plateau charge de 2coupes bien balezes (12m), direction Wilga Vale (nom de la ferme), pour un debut, c’est plutot pas mal. Le boss a l’air bien cool, discute, plaisante, nous paie le Hungry Jack’s (meme si ca n’est que de la junk-food, le geste est la). Nous roulons jusqu’au debut de soiree ou nous nous arretons chez ses parents, ferme situee a 120bornes de la sienne et faisons leur rencontre ainsi que le frangin Ben, chaudronnier de metier. Quelques sandwichs prepares par la maman et nous faisons le reste de la route pour arriver vers 23h.


La 1ere journee de travail nous donne deja une idee sur la facon de fonctionner du boss. Nous nous rendons chez un client avec Matt pour la 1ere journee de Windrowing. Hein ? Petite presentation : ici, on ne recolte pas le colza avec une moissonneuse quand il est encore sur pied et a maturitee. On le fauche et le met en andain pour le faire secher, eviter qu’une tempete ne l’egrainne, et le ramasser quand on veut avec un pick-up installe sur la moiss-batt. L’interet est discutable certes, mais nous nous ferons un plaisir lors de notre retour de vous apporter quelques arguments...

La machine qui s’acquite de cette tache est une Massey (ou « ouai-ouaille » dans le jargon), roues folles a l’arriere, roues directrices/motrices a l’avant entrainees par moteurs hydrauliques. La direction est tres troublante les premiers jours... Coupe de 7m50 avec total entrainement des rabbatteurs, des tapis et de la scie par voie hydraulique. Le 1er chantier ne durera pas longtemps puisque la chaine situee entre le moteur hydraulique et les rabbatteurs saute sans arret, malgre plusieurs essais de positionnement de pignons (comme francois..), ce qui ne stress pourtant pas le chef. Il decide tout de meme de ramener la coupe a l’atelier (env. 60 bornes... petite distance finalement..), pour faire fabriquer un nouveau pignon sans voilage le lendemain chez un bouinou local. On s’apercoit donc que ce n’est pas le genre a s’enerver... Je tourne un peu le soir avec, m’enerve vu la qualite de la machine et mon incomprehension quant au fonctionnement ajoute a du colza couche au sol... Pour voir arriver Matt et le chef avec une caravane montee sur une remorque qui n’a plus que 3 roues (un roulemeent s’est fait la malle 500m plus tot..) et je dois dormir dans le cul du ute dans un sac style army/fisher-man.... Pour un debut !


La premiere semaine, je pars avec Matt a 80 bornes de la ferme pour un chantier de je-ne-sais-plus-combien-d’hectares mais fait conjointement avec l’autre Massey de Ben (pour y aller, le boss se trompe de route, mais en rigole...). La qualite du systeme hydraulique qui ne repond pas a l’effort impose par la coupe me fera peter une pile le 1er soir, il faut dire aussi que la formation sur cette machine a ete tres rapide : Warwick me montre un tour et se barre en me laissant le volant... Mokay ! Pendant ce temps, Kevin prepare les coupes de 12m a l’atelier qui serviront pour les futures Windrowers neuves que le chef attend impatiemment. N’ayant personne a disposition a la ferme pour donner un coup de main, le blondinet de Pace a du fil a retordre et de la coupe egalement pour arriver a bricoler quelque chose. Mais Kylie lui prepare ses repas, lui amene des glaces l’apres-midi, il ne peut donc pas se plaindre...


Le pays le plus sec au monde commence a nous faire en douter puisqu’un orage accompagne par la pluie nous empeche de terminer ce chantier, j’ai presque failli y rester avec la machine. Nous rentrons Matt et moi-meme au shed a 120 sur une route pas plus large que le Land-Cruiser dont les phares s’eteignent completement, de temps en temps seulement... Ambiance ! Quelques bieres et un petit topo avec Kevin avant de penser a la grass’ mat’ qui nous attend vu le temps pourri...

Que neuni ! Le chef passe reveiller le chien d’talus (Kevin) et Timmy (nom qui m’a ete impose dans la CB) a 6h30 ! Christ ! (nom de dieu quoi...) pour aller ramener la machine ici. La bonne ambiance generale s’installe avec Ben et Warwick, les blagues dans la CB et au telephone sont monnaie courante, je ne pensais pas que mon anglais avait si bien evolue en Tasmanie ! 1ere fois que je discute vraiment a l’aise, ce qui n’est pas tout a fait le cas de l’autre gazier mais il s’acharne et bosse un minimum ses constructions a mesure que les semaines passent... Il sait dorenavant tres bien dire «Sorry, I don’t understand. Euh, Ludo ? T’as entendu ce qu’il me demandait dans la CB ? ».Seule qualite que l’on partage : le bon accent francais ! Que certains ne pensent pas que je m’en moque puisque cette situation, je l’ai connu bien pire lors de ma precedente ferme lors des semis... (voir 1ers chapitres de ce blog).

Au bout d’un moment, le boss decide de nous laisser maitres a bord du windrowing, avec le Mack (camion qui transporte la Massey) plus le chariot et la coupe, le tout conduit par le chien d’talus qui est en transe en conduisant l’engin.. Pensez donc : un vieux coucou bourre de puissance, sur des gravels-roads defoncees, sans isolation thermique ni accoustique de la cabine, des vitesses a passer a la volee sans grand moyen de retrograder, une direction tres aleatoire, une CB qui braille, il y a de quoi se remonter les manches ! Qui plus est, il s’agit du premier camion qu’il conduit, excepte celui sur-lequel il avait passe le permis, sur des routes bitumees...


Quant a moi, j’ai plutot la belle vie dans le ute quasi-neuf du patron pour convoyer : clim’, regulateur’... Mais je dois gerer non pas le planning, mais la coordination avancee du chantier/patron/clients/couilles lorsque ca arrive... Ca me plait bien ! La plupart, voir tous les clients sont sympas avec nous, plaisantent discutent de leur ferme, nous demandent comment est l’agriculture a la francaise, certains parlent OGM et des « connards de Monsanto » (multinationale tres peu appreciee dans cette partie du New South Wales...). Vraiment tres enrichissante comme experience.

D’autres comme les Smiths, tres proches du chef, nous accueuillent chez eux pour dormir, manger, boire quelques bieres, discuter, et tous sont tres content du travail que nous leur faisons. Les Smiths veulent meme nous embaucher pour la suite... Euh, on verra.

La fin du windrowing avec la Massey approche, il est temps. Toujours pas de clim’, ni de chauffage. On peut supporter la relative chaleur en journee, mais le froid de la nuit nous impose de mettre une couette sur les genoux si l’on veut continuer a conduire a 4h du mat’, sauf si on s’endort... Pour ce dernier inconvenient, les Red B. sont a la hauteur de leur reputation !

Fin des peripeties avec la Massey, pour enchainer avec une nouvelle machine : la MacDon. Toujours pour le meme travail, mais avec des debits de chantiers beaucoup plus impressionnants grace a une coupe de 12m, une puissance moteur superieur, et un confort de conduite tres appreciable. Lorsque les conditions le permettait, on pouvait rouler a environ 13-14km/h en pointe avec l’ancienne. Il s’agit maintenant d’une moyenne...


Petite parenthese par rapport a la faune locale (la flore etant principalement fournie d’arbres a gomme, d’herbes hautes, et de champs cultives) : kangouroux gris (les petits), walabis (petits kangouroux), renards, cochons sauvages, perroquets, pies, corbeaux, aigles, et faucons qui viennent chasser au-dessus de nous lorsque l’on fauche un champs. Ils attendent que leurs proies sortent pour plonger dessus ! Fascinant ! Et toujours un ciel magnifique la nuit grace a la majestueuse Voie Lactee et la Lune sous toutes ses facettes... C’est ca aussi, l’avantage d’etre dans un « middle of no-where »...

En parlant d’etre au milieu de nulle part, nous passons quelques jours proche du « Centre du New South Wales ». Le colza (ou canola en anglais/australien) est relativement sec, le chef n’est pas sur que le client veuille le faucher. Il me demande de faire quelques rangs nickel, en evitant d’egrainner au maximum et me dit juste avant que je ne grimpe dans la machine : « Use the force... »(voir La Guerre des Etoiles). Quand on vous dit qu’il ne stress pas, on ne ment pas... Du coup, il se met a utiliser cette formule a toute les sauces et je finis par l’affubler de tout les noms : Chewbaka, Maitre Yoda, Obi Wan Kenobi. Il m’appelle a son tour Young Ludo, Luke Skywalker, etc...

Lorsque l’occasion se presente, il nous paie systematiquement un hamburger dans un shop local, vraiment rien a voir avec ceux des fast-foods, nous qui ne sommes pas forcemment fan de ce type de bouffe. Cependant, c’est la 1ere fois pour chacun de nous que cette alimentation est reguliere... Faudrai pas que ca soit definitif non plus, Kevin pourrai commencer a manquer de quoi palier a son diabete. C’est pourquoi nous avons notre petit stock de bouffe « alternatif ».

Un soir, nous sommes a l’attaque d’un chantier de 200hectares qui avance tres fort, il y aura sans doute quelques records a tomber. Vitesse moyenne d’avancement : 15-16km/h, voir meme plus de 17 en pointe ( !) et la coupe suit toujours, truc de bourrin quand meme. Je finis vers 3h du mat’ : 194hec en 16h, c’est pas mal. Le chef arrive la nuit, avec le Mack dont le chassis a ete modifie pour recevoir la McDon et se couche direct a l’arriere de son ute, quel manouche ! Petit dej’ le lendemain matin au lever du jour : bacon&egg sur barbecue, trop bien !

Un client supplementaire et c’est le retour a Peak Hill pour une petite pause d’un soir. Il etait temps, apres avoir utilise les memes fringues depuis quasi une semaine et le meme calbute depuis 4 jours. C’est pas la bonne periode pour draguer... De toute facon, les gonzesses de la campagne, elles n’ont pas changees depuis la Tasmanie, toujours moches ! Et il n’y a rien de subjectif dans mon jugement.

A cote du colza, il ya aussi quelques autres cultures qui necessitent le windrower, tel le lupin, genre de pois sur haute tige, quand celle-ci n’est pas a terre. Le premier chantier de cette plante se fera en plusieurs etapes puisque quelques pannes sur la coupe viennent nous ralentir, Kevin n’apprecie pas les rabbatteurs et les envoi dans une vieille souche que le farmer avait laisse au milieu du champ, abruti va ! On essai de redresser le tout a l’aide de sangles, de rampes de chargement contre le pare-buffle du Mack, que dalle. Et un monstrueux orage se ramene juste au-dessus de nos tetes pour nous faire profiter pendant plus d’une heure de ses eclairs visibles a 360deg. puisque nous sommes restes dans la cabine de la machine, ambiance ! Mais la pluie commence a gorger le champs et il nous faut rentrer a Peak Hill. Les gravel-roads sont detrempees, et mega-instables du au fait qu’elles sont principalement composees de poussiere... Rallye-time !


Les chantiers suivants se feront toujours en autonomie, avec de temps en temps un petit champs de colza par-ci par-la. Comme chez Mick et son Stetson toujours visse sur la tete ou Kevin fait la rencontre de 5-6 abeilles et m’appelle dans la CB pour l’aider a enlever le dernier dard coince dans sa nuque, ambiance !

Sa main et son bras mettent du temps a degonfler, ce qui decide le patron a l’emmener a l’hopital du coin un jour de pluie, histoire d’assurer. Toujours aussi presentable le chef, avec ses godasses bien chargees de terre qu’il laisse juste dans le couloir de l’entree du-dit etablissement, sa veste de chantier detrempee du matin... L’handicape d’un jour est en contact avec son assurance internationale par le biais du telephone au chef qui, lorsque le service cliente rappelle, decroche et essai de bafouiller quelques mots genre « Bonjour mademoiselle... » au mec qu’etait a l’autre bout, et pas franchement aimable... On se marre comme des tordus et il nous paie le resto le midi, accompagne par Kylie qui nous rejoint, avant qu’il nous laisse son ute pour aller faire du shopping hi-fi a Dubbo. Qui a dit que l’on vit un truc de fou ?

Un des derniers chantier de lupin se fait dans ce qui commence a etre l’ouest de l’etat, autrement dit « THE WILD WEST » decrit par le patron. Mais le client est super accueuillant, un peu saoul le soir apres le travail, certes, mais apprecie le travail fourni, deloge Kevin reste dans un coin de terre encore humide a l’aide d’un tracteur articule.

Avant d’entamer le reel dernier chantier, car il y a eu plusieurs « si si c’est le dernier cette fois ! », une nouvelle epreuve nous attend. On a pu constater au fil des semaines que depuis le 1er depart de Sydney, chaque jour apporte sa surprise. Et avant ce dernier chantier, quelques jours ont passe sans que rien, ou presque ne nous arrive...

Nous prenons l’Highway (une simple nationale de chez nous quoi..) pour rejoindre Nyngan. Roulons paisiblement, quand un policier de l’Highway patrol depasse Kevin et son Mack, prend le temps d’etudier son chargement, le double finalement, et me depasse ensuite. C’est louche. Pas un de nous ne cause dans la CB.. Puis on arrive au pied de Nyngan, passons un pont, et un mec en uniforme reflechissant au milieu de la route pointe son index en direction de la banquette.. Ah, ca pas l’air d’etre un backpacker qui fait du stop...

« Papiers s’il vous plait ». Bon, ca a l’air d’etre le flic de tout a l’heure. Kevin se garre derriere, me demande son sac a dos reste dans le ute et qui contient ses papiers, quelle demonstration d’organisation... L’homme de loi fait le tour du convoi de la mort et releve bien evidemment « quelques » derives a la dite-loi :

- un vehicule escorte doit avoir les papiers de reglementations de convoi exceptionnel

- sur ces papiers, il est mentionne qu’un vehicule-escorte ne peut pas trainer une remorque, ah oui, j’ai une caravane un peu crassouse exterieur/interieur (ou l’on a pu tester les limites de l’hygiene..) derriere moi

- le panneau « Oversize » » du Mack fait pitie, et est donc a changer

- les chaines de maintien de la McDon sur le camion sont detendues, paye ton affiche...

- les drapeaux de signalisations sont dans un piteux etat voir inexistant

- aucune bride de maintien de la machine a l’avant (boah, jusque la, le poids de la machine suffisait, Kevin a pu le tester sur des gravel-roads de tarre : « C’est Bagdad dans ton camion !! » qu’il disait dans la CB)

- et pleins d’autres choses qu’heureusement il ne releve pas, genre aucun eclairage sur le chariot de coupe... hem..

Le type est neanmoins sympa avec nous et nous demande de faire le necessaire avant de repartir, sans aucune contravention ! Bon, pour ce qui est d’une peripetie par jour, je pense qu’on en est quitte pour plusieurs avec ca !

Mais la moisson a deja debute a la ferme et il est temps de revenir sur les terres de Peak Hill tester la Case IH Axial Flow et ses 12m de coupe...

La suite au prochain episode, toujours sur le meme rythme, on vous le garantie !

A tantot !

Kevin aka Chien d’Talus, Ludo aka Beuvou d’Cid’

dimanche 28 novembre 2010

Beautiful end of Tasmania

Bien le bonjour !

Voici un « petit » moment que je n’avais pas remis les pieds ici, plusieurs raisons a cela, commencons donc par la 1ere.

Ma sedentarisation tasmanienne touche a sa fin, ca ne nous empeche pas Cedric et moi de faire du rab’ de spraying, a plus faible dose tout de meme, et de retour sur les champs en pente pour apprecier une derniere fois les magnifiques vues qu’offre l’embouchure de la riviere.

Quelques petites sorties dans celle-ci afin de bien conserver en memoire les fraiches escapades hivernales, et voici la fin de ma derniere semaine qui se rapproche.

Comme precise dans l’episode precedent, le patron m’avait enrole dans LE rallye moto tasmanien a ne pas louper : ST2ST, comprenez Saint-Helene (sur la civilisee cote Est) to Strahan (sur l’indomptable cote Ouest). 3 jours a se « balader » dans des forets, sur des chemins en tout genre, des gravel-roads, des portions de route, afin de finir sur le sable... Voici un petit resume de ce que je qualifierai tout au long du week-end : The best thing I could do before to leave Tasmania...

Le patron se ramene le mercredi soir au shed avec un grand autocollant format 1m50 sur 1m dont les graphismes sont quelques peu suggestifs : « oysters », « oyster bay oysters », « eat more oyster you bastards », tout ca pele-mele, plusieurs types calligraphiques, sur des nuances de bleus, gris, violet. Notre creativite, quelque peu limitee par le temps disponible nous fera jouer des ciseaux jusque tard dans la nuit...

Jeudi matin, derniers moments de boulot pendant que le boss, dont c’est l’anniversaire, charge nos becanes sur le plateau. Will et Wrandy (le wr est pour le differencier d’un autre cite plus loin) avec qui j’ai deja roule debarquent en debut d’apres-midi. Sanglage de leurs montures, et c’est parti ! Direction le nord vers St-Helene, petite bourgade au pied de l’eau tres charm.. on s’en fout un peu en faite ! Jane nous accompagne car son mari l’a convaincu de ramener la bagnole au shed pour le w-end et de nous reprendre le dimanche soir sur la cote ouest... C’est facinant l’amour dans un couple... Faudrai peut-etre que j’y songe, un jour... Une semis a bestiaux et un car debarquent. Le premier decharge la 40aine de becanes des voyageurs du car, ambiance. Seance photo sous une tente Red B., pas trop de pub tout de meme. Le temps de se trouver une piaule avec Hayden et WRAndy, nous nous rendons au resto pour une bonne bouffe, quoique un peu cher. Vient ensuite le moment du brieffing interprete par Andy (l’autre), co-organisateur de l’evenement et co-createur d’un site internet dedie a la pratique de l’enduro. Il commence par me presenter a tout le monde en precisant que je suis le premier international du rallye, qui n’a que 4ans, mais ajoute que les Peugeot sont vraiment des bagnoles de merde, gros rires dans l’assemblee, l’ambiance s ‘installe !

Petit topo sur les conditions de roulage au niveau securite, gestion de navigation GPS, gestion des equipes. Car nous sommes environ une bonne 50aine de riders, divises en 7-8 equipes, afin d’eviter un gros bordel tout au long du week-end. Le boiteux (il s’est fait enleve des broches du genou quelques semaines auparavant, raison pour laquelle il ne roulera pas avec nous) nous explique que c’est un rallye un peu particulier car les chemins sont un peu a la decouverte des equipes, et qu’il faudra etre tres studieux par rapport a la navigation, ca promet... Je pars me coucher vers 22h, la journee de demain s’annonce soutenue !

Hayden reveille les gamins du rallye que nous sommes Wrandy et moi-meme vers 6h30, gaste ! Fais pas chaud ! Mon backpack est pret, avec le camel-back plein d’eau, un bidon d’hui le (pour le melange de mon 2temps a chaque plein, comme une mob’) et un bidon de melange deja pret, au cas ou, plus quelques outils et a bouffer. On sort de la ville pour comencer par des chemins relativement sableux, Team Aphrodisiac est deja au taquet ! Car chaque equipe porte un nom, et l’ostreiculteur qu’est Hayden n’a pas trouve mieux comme nom, pourquoi pas ! En nous demenant au travers des dunes, nous debouchons sur une magnifique plage deserte avec un superbe soleil deja leve depuis quelques temps. Nous nous amusons un peu mais continuons notre progression, il y a environ 300 bornes a etaler aujourd’hui.

Apres quelques quelques gravel-roads et quelques flaques d’eau en weeling afin d’arroser le suivant, premiere couille sur la 2strokes (ou 2temps en anglais) : les vis de mon garde-boue arriere se font la malle, ca promet ! L’equipe est bien outillee, nous plongeons 5min plus tard dans une foret, la poignee des gaz a bloc, suivrai-je la cadence ? 1 ou 2 heures plus tard, 1ere gamelle ! Sans incident, je repars a fond ! Nous roulons sur des chemins d’exploitation de foret, pleins de roches et de bouts de branches, terrain que je connais en entrainement. Arrive midi, et le 1er ratage GPS. Pause casse-croute et recherche de la station la plus proche pour le 2e ravitaillement, le 1er ayant ete effectue 2-3 heures plus tot, juste avant une monstreuse cote pleine de roches, de branches et de saignees de pluies dans le sol ! Le journaliste TV qui nous accompagne tout au long du w-end s’etait justement poste au pied de ce delicat passage.

2e ravitaillement donc, apres 10 bornes de bitume et 1er constat : qu’est-ce que c’est chiant l’enrobe en ligne droite ! Moi qui pensait depuis longtemps a une moto de route, mon choix est en train d’evoluer... Apres etre revenu sur nos pas, ou nos traces plus precisement, nous rentrons a nouveau dans la foret pour s’arreter au pied d’une riviere. Wrandy et Hayden la traverse en bons bucherons qu’ils sont, Phil notre pilote GPS est plus reticent a mouiller ses bottes. Je cherche une entree dans l’eau moins abrupte et traverse sans embuche. Le reste de l’equipage n’a pas d’autre choix que de traverser a son tour.

L’apres-midi est un peu moins technique, ce qui me laisse le temps de contempler les splendides paysages pleins de montagnes, de forets interminables, de grandes clairieres remplies d’herbe bien verte et de quelques troupeaux de vaches... Vraiment chouette comme pays ! Mais le pere Wrandy est a l’attaque derriere moi et me provoque avec son « tracteur » (terme definissant les 4 temps, beaucoup plus coupleux que mon cylindre a trous) et nous jouons des coudes en gestion de glisse sur les gravels ou bien a freiner le plus tard possible sur les portions d’enrobes degages, excellent ! A chaque fin de sprint, deux sourrires apparaissent de derriere les casques...

Fin de ride, nous nous arretons a une station afin d’effectuer le plein avant d’arriver a l’hotel. Mon bidon d’huile est presque a sec, je ne sais donc pas si je pourrai faire le plein d’essence. Cependant, je dois savoir quelle quantite d’essence je peux mettre. Je mesure donc ce qu’il me reste d’huile en la versant directement dans le reservoir... Mais ! L’huile etant plus « lourde » que l’essence, elle se dirige directement vers le carbu’ sans etre melangee a l’essence que j’ajoute par la suite... 1km plus loin : « Boooaaa, booaa, booaa, pffff.... » Des coups de kick a n’en plus finir, un changement de bougie et la vidange du carbu’ n’y suffisent pas, Hayden me tracte avec une corde jusque la fin ! Quelle fin de parcour remarquable... Arrive a bon port, je rechange a nouveau la bougie, remet l’ancienne toujours seche, un coup de kick et ca redemarre !

Une douche, un bon steak-patates et une pinte en compagnie des collegues finiront de m’achever et vais me coucher vers 21h. Compteur au 1er soir : 330km.

Samedi matin, pas trop de courbatures, un bon p’tit dej’ et c’est reparti ! La session d’aujourd’hui devrait etre relativement courte mais plus technique, cool !

Toute l’equipe est prete, on s’arrete prendre des casses-croutes, la plupart des autres equipes aussi, assez marrant de voir toutes les becanes alignees au bord de route a 7h30 dans une bourgade pepere ! Wrandy ferme la marche du team Aphrodisiac ce matin, nous essayons de le faire a tour de role.

Nous rentrons a nouveau dans une foret, afin de s’amuser dans des single-tracks interminables, pour deboucher sur nouvelle cote de barbare qui finit dans un nuage. Vient ensuite un des moment les plus grisant de ce week-end (parmi tant d’autres...), un chemin quasi-exclusivement roulable par moto,vu l’etat, et qui serpente la crete des (petites) montagnes a suivre : des sauts, des down-hills (descentes ndlr..) tres rapides avec un peu de roches tout de meme, de petites cotes qui finissent par un saut afin d’admirer (en 2sec, mais quand meme..) un paysage qui apparait au travers des nuages. Le peu d’intersection permet aussi d’avoir un rythme tres soutenu, difficile de dire sans compteur, mais surement un bon 70-80km/h, fantastique !

Un gros passage d’eau ralenti tout le monde, ce qui cree un beau bazard apres une serie de woops sur sable.On fini par y voir plus clair lorsque la majeur partie des groupes s’arretent au pied de la voiture-assistance conduite par Andy et son collegue. Ca braillait dans les talki-walkis !

Nous repartons a 5-10min d’intervalle afin de nous laisser un peu de marge, et Hayden, equipe d’une camera sur casque me suit dans les single-tracks de pins, a nouveau sur crete de collines. Il m’avouera par la suite qu’il commencait a avoir du mal a me suivre sur cette portion, le disciple depasse le maitre ! Mais pas pour longtemps puisqu’un ratage de ma part sur virage avec appui fait que le cote gauche de mon guidon se prend dans un arbre et m’offre un beau soleil ! Toujours sous l’oeil de la camera, que je n’ai pas encore visionne.. Je repars un peu plus soft, mais la qualite de chemin me fait reprendre le rythme precedent !

L’autre rider de notre team a se vautrer par terre a moins de chance que moi puisque son epaule trinque un peu. Etant juste derriere lui au moment de sa gamelle, j’ai pu apprecier la qualite de freinage de ma monture, et me dire que des fois, une marge de securite avec le predecesseur, c’est pas mal en fait... Il repart par des chemins plus larges avec Hayden pour nous attendre au prochain ravitaillement.

Petite pause, plein des machines, causage, et en route ! C’est a mon tour de fermer la marche. Mais ! Le stand ravitaillement se situe en bord d’Highway que l’on traverse afin de prendre l’autre voie pour ensuite plonger dans les bois. Hayden et Wrandy partent direct en wheeling, c’est a mon tour de traverser la 1ere voie, accelere un petit peu fort sur l’angle dans la zone entre-deux-voies, tete-a-queue, a terre ! Offrir du spectacle a autri a toujours ete ma vocation, les personnes encore presentes au ravitaillement ne se sont pas prive de me le rappeler... Je repars au taquet, le selecteur de boite un peu tordu, pas grave !

S’en suit quelques kms de gravels, et a nouveau une buche ! Pas de ma part mais il s’agit de Wrandy. Ayant repere un petit monticule sur le bas-cote, il s’y engage, accelere, et un petite roche placee a la fin du saut donne un coup de raquette sur la roue arriere ! Il essai de se rattraper tant bien que mal, glisse a droite, a gauche, fini par se coucher sur le flanc. L’equipe Tasmaniacs qui nous suit pour probleme GPS a egalement apprecie ce beau vautrage ! Malheureusement non-enregistre... Le gazier remonte sur son tracteur et rattaque au quart de tour en wheeling ! Cale je ne calerai pas !

Des petits tracks sympas, quelques galeres de demi-tour pour cause GPS sans trop d’incidence, toujours de magnifiques vues, et nous arrivons a notre nouveau lieu de repos. Etant en queue de groupe, j’essayais de « provoquer » quelques camarades sur du bitume sinueux afin d’envoyer du pate avant la fin, que neuni, les anciens restent studieux !

L’apres-midi est consacree a l’entretien des becanes, nettoyage des filtres a air, petites reparations sommaires, causage avec les collegues, bullage au soleil, sechage des vetements, appreciation du paysage et des Ranges qui nous surplombent, awesome ! Manque quand meme une bonne ‘tite mousse... Voir meme un Ricard ! Faut pas trop en demander non plus. Le gout des alcools de choix des australo-tasmaniens est comme leur gout de la bouffe quotidienne, du moins pour la plupart... A mesure du temps passe ensemble, la plupart des riders viennent se presenter a moi, taper la causette, et ouvrent grands leurs yeux lorsque je leur dis que ca ne fait que 3mois que je fais de l’enduro, et de la moto finalement.. Je leur avoue tout de meme par la suite que mes annees de VTT y sont surement pour quelque chose, mais je m’amuse bien avec eux !

Nous faisons le plein des machines en fin de journee avant de monter dans le bus qui nous emmene jusqu’au prochain bled afin de se remplir la panse. Imaginez 50 gaziers, motards, un peu bourrins qui plus est, en train de causer tous ensemble dans un habitacle plutot restreint, on dirai des gosses qui partent en classe verte !

Ce soir, c’est poisson. Ca changera un peu de la viande rouge, et c’est pas plus mal pour faire les quelques 330bornes restantes avant Strahan. Nous rentrons vers 22h, un peu KO. Je me dirige direct vers mon lit quand Hayden me dit d’attendre avant d’y aller car c’est le dernier soir avec tout le monde, donc le soir des « Trophes »... Chaque equipe doit remettre 3-4 recompenses (sur papier) a n’importe quel rider present pour des raisons qui leur tiennent a coeur, comme un bon coup de main mecanique, un bon guideur GPS, etc... J’en recoi 4 pour ma part ! En voici les raisons :

- Award pour avoir detruit un passage en bois (un passage sur tronc d’arbre assez difficile avait ete ameliore par une equipe avec des branches et d’autres bouts de bois. Je me trouve le dernier de notre equipe a y passer, m’arrete pile sur le tronc, donne un coup de gaz et repart en defoncant l’amelioration !)

- Award pour l’imitation d’une tortue au milieu de l’Highway (voir raison plus haut)

- Award pour avoir ete prenomme apres une partie de jeu de societe (cf. Cluedo qui se prononce comme mon prenom en anglais, ou quasiment)

- Award pour la plus grande distance parcouru sur Terre pour cet enduro, et mon vautrage au milieu de l’Highway.

Voila qui me permet d’etre assez populaire parmi les enduristes tasmaniens ! « You’re a legend Loudo ! » certains se sont amuses a me dire !

Dimanche matin, un peu la tete dans le derche, mais bien motive a en decoudre pour de bon avec ce Rally. Un gazier me voit me preparer et a pitie du frenchy. Il me propose un de ses pantalon (special moto) pour la journee, ce que je ne regreterai pas vu le froid qui nous attend pour une bonne partie de la matinee. Apres quelques kms, c’est deja un joyeux bordel qui s’installe pour cause de troncs infranchissables. Un des responsable de l’evenement nous trace un contournement a bord de sa CR-F.

La premiere demi-heure passee, je m’apercois que je ne suis pas tout a fait encore pret a envoyer du gaz, une allure studieuse est de mise. Nous longeons une riviere situee en contre-bas grace a un chemin a peine assez large pour nos montures et mine de roches glissantes, excellent.. Quelques passages de ruisseaux, quelques photos, et les muscles se reveillent ! Tant mieux car une portion de route style montagne se rapproche... Wrandy me met la pression, mais mon etude theorique du deanche de selle maintes fois observee au Mans ou ailleurs me fera conserve le peu de retard... Passages en epingles a l’interieur, gros (tres gros...) freinages, a ne plus en avoir parfois... poignee des gaz completement epongee sous les bois... Grisant.. Fin de la portion, grands sourrires, odeur de frein, il etait tant que ca s’arrete... 1er ravitaillement, avec BBQ (un peu cher pour une pauvre saucisse..) fera du bien.

Nous repartons sur de la gravel-road aux tres nombreux virages tout en glisse. Je part en milieu de troupeau, mais seul. Hayden et Wrandy sont derriere, je ralenti l’allure pour les attendre et m’amuser avec eux. J’attend un moment, sonde le bruit a travers mon casque sans trop entendre grand chose, jusqu’a ce qu’un gros bourrin sorte du virage que je venais de passer 100m plus tot, tout en glisse et tres grosse acceleration !! Le leader actuel d’un des championnats tasmaniens d’enduro qu’est WRandy est chaud !! Je tente de le suivre mais il est vraiment trop fort pour moi...

La fin de matinee ne sera que portions de routes sans grand interet, sauf peut-etre une pointe de vitesse de la part de ma becane mesuree a 153km/h par Hayden qui me suivait !! Sacre 2temps ! A ce moment-la, il vaut mieux ne pas penser qu’on roule toujours avec des pneus a crampons...

Une pause dans une espece de boulangerie bien sympathique nous rechauffe pour la suite, et quelle suite...

On fait le plein des becanes car il y a de la route, encore, mais ce sera un des meilleurs moments que j’ai pu rencontre tout au long de ce week-end. Il s’agit en fait d’une route, type nationale/departementale de montagne, avec un enrobe nickel (pour la Tasmanie)... Niak niak !! Les premiers virages me feront comprendre que le frein arriere est inutile puisque la roue se bloque systematiquement. Un virage a gauche suivi d’un tout-droit-sans-aller-dans-le –fosse-ni-croiser-de-voiture de ma part et tout en glisse me fait ralentir, pour un instant seulement...

Wrandy est egalement a l’attaque, passe devant, et pendant la 1/2h de virages je ne le lacherai pas ! Balancement,deanchement sur le guidon, appui de tout mon poids sur le cale-pied exterieur, recherche d’adherence maximum... Euh, on pourrai pas mettre des slicks sur les jantes ? Non ? On remonte la plupart des autres riders etant a une cadence moins soutenue et s’arretons en haut de la montagne pour faire une pause, se marrer, et attendre tout les autres pour une session video. Mais...

Un gazier equipe d’un talki nous rejoint. Nous attendons 5-10min sans voir personne, etrange meme si l’avance creee etait importante. Le talki se met a brailler et nous apprend que Will (avec qui nous avons fait le trajet voiture, pote d’Hayden) s’est plante. Nous n’en savons pas beaucoup plus, mais du monde est deja sur les lieux. Nous decidons donc de poursuivre la route. Nous rejoignons d’autres riders et attaquons une gravel-road bien seche, mais bien glissante. J’essai de suivre le mouvement, mais les calories utilises lors de la session bitumeuse me manquent pour le rythme impose et deux tout-droit-sans-fosse-mais-c’etait-chaud, me font ralentir.

Nous arrivons au pied d’une riviere/fleuve ou une barge tracte par cable nous attend. Hayden et le reste de l’equipe nous rejoint en nous donnant des explications concernant Will. Il a derive legerement sur le bas-cote de la route, sans grand danger, essaye de remonter sur le bitume, mais son cale-pied gauche s’est pris un poteau d’une barriere de securite. Tete-a-queue, pied transperce entre un cale-pied et un poteau, bras en vrac, fini couche sur la rampe. Hayden qui se trouvait juste derriere a pense au pire. Direction l’hopital d’Hobart pour un bout de temps.

Apres une rapide interview que j’accorde au journaliste TV qui nous accompagne (imagninez un anglais avec le plus bel accent francais l’accompagnant, une coupe de cheveu tres glamour, et aucun soutien de la part des collegues se marrant derriere..), nous traversons la riviere et repartons a nouveau sur une gravel bien glissante ou je m’ameliore, aide par Wrandy, super-motard session !

Un nouveau bon moment du w-end se presente a nous, l’arrivee reelle sur la cote Ouest et ses belles plages, desertes. Une legere euphorie s’installe dans l’equipe : on l’a fait ! meme s’il reste encore quelques heures de roulage. Toujours en compagnie de Wrandy et de son tracteur, ma 250 me donne des ailes et nous progressons a vive allure sur des chemins type douaniers en granit, tout en appreciant la cote, superbe ! Vraiment un bon passage !

Vers 16h, les equipes se regroupent avant LE moment du week-end. Environ 20 bornes sont a effectuer sur une plage immense afin de rejoindre Strahan, ville-arrivee. Andy, co-organisateur nous surplombe a bord d’un helico loue pour l’occasion et accompagne par le journaliste TV, enorme quand meme... Hayden et Wrandy resteront la majeur partie de la traversee sur la roue arriere, je m’y essai mais sans frein moteur, vaut mieux pas tenter le diab’ ! J’ai vu plusieurs fois le depart de l’enduro du Touquet ou l’arrivee du Dakar, tout deux sur plages immenses. Cette fois j’etais l’acteur...

Nous rentrons dans la ville au ralenti, limite a vouloir refaire une boucle, mais passons sous l’arche Red B. et arretons les moteurs pour de bon...

Jane est deja la a nous attendre, quelques grillades, sanglage des becanes, retour sur Little Swanport, sans Will malheureusement. Nous deposons Wrandy a une station service au pied d’Hobart pour qu’il rentre directement chez lui. Moment assez cocasse de le voir a minuit, sous les neons en train de se changer a nouveau pour remonter sur sa monture au taquet ! On aurai dit un acharne de moto, ou un relai des 24h du Mans !

Je consacre la matinee du lundi a l’entretien de la becane, pour la derniere fois, cause avec Hayden du week-end et des moments anterieurs passes en sa compagnie.

Mes sacs a dos sont prets, Cedric et Jo ont fini leur journee, et avant de regagner l’aeroport d’Hobart, nous passons saluer la famille Dyke, moment tres emouvant, meme a l’heure ou j’ecris ces lignes... Lorsque l’avion s’envole et que la Tasmanie s’offre a moi une derniere fois par le hublot, les larmes ne sont pas loins... Un peu fatigue par un fabuleux moment que je n’aurai meme pas imagine en reve... « I’ll be back.. »

J’arrive a Sydney, retrouve un endroit familier qu’est le Kanga House Backpacker et surtout deux francais fraichement arrives : Eric et Kevin. Le premier est un pote de Rennes avec qui j’ai eu l’occasion de faire de la coloc’. Il est ici en tant que backpacker, au vrai sens du terme : bosser (un p’tit peu), et surtout se promener et visiter ce bout de Terre.

Kevin quant a lui, est un ancien collegue mecano de CBM a Pace avec qui j’ai passe 4ans mais sans que nous ayons reelement bosse conjointement, specialisations de materiels differentes. Ca ne fait rien, le but de sa venue est le meme que le mien : passer la meilleure saison de moisson australienne.

La suite, pour plus tard...

Salut a tous !

Ludal

Ps: les images mettent trop de temps a debarquer, a vous d'imaginer....